Jacques de Bollardière : le général qui a dit NON à la torture en Algérie

Auteur

Vincent Roussel

Année de publication

2001

Cet article est paru dans

Aujourd’hui, Jacques de Bollardière est connu comme le général qui a refusé d’appliquer la torture pendant la guerre d’Algérie. Avec les « commandos nomades », il a installé une façon non-violente pour rétablir le dialogue entre la population civile divisée et les militaires. Devant l’échec de ce projet dû au général Massu, Bollardière donna sa démission. C’est dans la non-violence, à laquelle il a consacré le reste de sa vie, qu’il a trouvé une manière respectueuse des hommes pour résoudre les conflits.

« La non-violence est une idée neuve qui perce une terre aride et pousse à travers les décombres des espoirs ruinés avec l’indomptable puissance de vie des jeunes plantes qui cherchent la lumière. Elle s’enracine dans l’espérance, se nourrit de la force de la justice. »

Jacques de Bollardière

 

Le 10 juin 1999, un vote historique des députés français permet de qualifier de « guerre » des événements qui, officiellement, n’avaient consisté qu’en des opérations de « maintien de l’ordre ». Quarante ans après, la mémoire de la guerre d’Algérie resurgit pour les témoins et les acteurs de ce drame qui a duré de 1954 à 1962. En juin 2000, avec la publication du témoignage de Louisette Ighilahriz, militante de la libération algérienne,

torturée en 1957 le journal, Le Monde a ravivé un débat toujours passionné sur une période sombre de notre histoire. Les langues se délient, les témoignages affluent, d’anciens tortionnaires sont mis sur la sellette et aujourd’hui on mesure mieux l’ampleur et la cruauté du phénomène de la torture et des exécutions sommaires pendant la guerre d’Algérie. Le général Massu qui a organisé un réseau de collecte de renseignements basé sur le recours généralisé de la torture pendant la « bataille d’Alger » en 1957, esquissait un repentir tardif, à l’âge de quatre-vingt-douze ans, en déclarant au journal Le Monde, le 23 novembre 2000 : « On aurait dû faire autrement, c’est surtout cela que je pense. Mais quoi, comment ? Je ne le sais pas. Il aurait fallu chercher, tenter de trouver. On n’a malheureusement pas réussi. » Il y eu pourtant des hommes et des femmes qui s’étaient insurgés à l’époque contre ces horreurs. Leurs cris ne furent pas entendus. Le général de Bollardière, en démissionnant de son poste de commandement en Algérie et en dénonçant publiquement la torture que les pouvoirs publics s’acharnaient à nier, fut de ceux-là. Il venait de recevoir les étoiles qui en faisaient, à l’âge de quarante-neuf ans, le plus jeune général de France. Aujourd’hui que le voile est bien levé, il apparaît combien son acte d’objection de conscience fut un acte lumineux. Son parcours exceptionnel est un témoignage d’humanité qui reste une source d’inspiration pour ceux qui veulent donner sens et cohérence à leur vie. Dans une lettre adressée au ministre des armées en juillet 1973, il déclarait :

« Trente ans de vie de soldat et d’opérations de guerre en Europe, en Asie, et en Afrique m’ont convaincu définitivement de l’importance d’une réflexion critique fondamentale sur la violence. J’ai la conviction que la violence armée se révèle absolument inefficace pour résoudre humainement les tensions et les conflits qui sont la trame de l’histoire. »1

 

 

La Guerre d’Algérie

Jacques de Bollardière est instructeur à l’École de guerre à Paris pour y enseigner la stratégie et la tactique des troupes aéroportées quand éclate la guerre d’Algérie. Le Front de libération nationale (FLN) a choisi le moyen de la terreur, qui va s’exercer aussi bien contre les Européens que contre les Algériens qui ne se rallient pas à sa cause. Le pouvoir colonial va se laisser entraîner sur ce même terrain de la violence et cette erreur politique grave va conduire le peuple algérien à basculer de façon inéluctable et définitive dans le camp des insurgés.

Le gouvernement du Front républicain de Guy Mollet, en 1956, décide d’envoyer en Algérie des jeunes du contingent et des rappelés sans préparation, ni matérielle ni morale. Cela décide Jacques de Bollardière à partir en juillet 1956. Lui qui avait commandé des légionnaires, des parachutistes, se porte volontaire pour partir cette fois-ci à la tête de brigades de rappelés de l’armée de l’air. Il va commander le secteur Est de l’Atlas blidéen, entre les dernières maisons de la banlieue d’Alger et les premiers contreforts des massifs de Kabylie. Dès son arrivée sur place, le problème du renseignement lui est posé très clairement. Il affirme qu’il ne peut être question d’employer ce qu’on commence à appeler pudiquement un peu partout les « interrogatoires poussés » : « Il fallait donc inspirer confiance à la population, l’amener à travailler avec nous, pour son propre bien, refuser toujours de réduire par impuissance tous les musulmans à l’état de suspects. Pour cela, il fallait sans ambiguïté réprimer et punir les folles et scandaleuses ratonnades qui provoquaient le massacre criminel de musulmans pris au hasard par les Européens que rendait fous la vue du cadavre supplicié d’un des leurs. À défaut de cela, nous tomberions dans l’enchaînement sans fin de la violence et de la surenchère de la haine. » 2 Il sait qu’il doit préciser rapidement et par écrit à tous ceux qui se trouvent sous ses ordres qu’il est exclu de torturer les Arabes pour les faire parler : « Je connaissais trop les hommes, ayant commandé pendant trente ans, pour ne pas savoir que si le commandement cède sur le principe absolu du respect de la personne, ennemi ou pas, c’est un déchaînement d’instincts troubles qui ne connaît plus de limites et qu’on trouve toujours le moyen de justifier. » 2

Il sait aussi « que la violence, imposée dans sa forme la plus hideuse à des résistants que l’on veut pousser jusqu’à la trahison, fait lever des bandes de résistants plus nombreux et plus déterminés encore »2. Il va travailler au rétablissement du dialogue avec la population et imposer le respect des Algériens sur tout le secteur qu’il commande, interdisant toute violence physique sur les prisonniers. Il décide d’ouvrir des chantiers sous la

protection de ses troupes. Ainsi, les Algériens pourront obtenir un travail, un salaire, des soins médicaux et des contacts avec les administrateurs. Par ces chantiers vont être entrepris des travaux d’irrigation, de voirie, de réfection des sols. Il obtient du gouvernement général et de la préfecture d’Alger un accord complet sur le projet et des crédits importants qui se sont accumulés faute d’avoir pu être utilisés à cause de la guerre. Il met en place un état-major spécialement chargé de dresser le plan des travaux et d’en assurer la mise en œuvre et le contrôle. Il obtient du préfet d’Alger une délégation de pouvoir pour les affaires civiles. Il utilise les compétences des rappelés qu’il a sous ses ordres pour résoudre les différents problèmes techniques qui se posent.

Avec son soutien, le lieutenant Servan-Schreiber, directeur du journal L’Express dans le civil, met sur pied des commandos d’un type très particulier qui seront baptisés les « commandos nomades ». Leur rôle est de prolonger au plus loin les actions de contacts humains, de rétablir les liaisons administratives avec les douars les plus éloignés et les plus inaccessibles. Conscients des risques qu’ils prennent, ils partent plusieurs jours dans les zones coupées de tout contact. Ils partagent la vie de la population, dorment dans les mechtas, mangent avec des hommes qui avaient perdu parfois toute relation avec la présence française depuis plusieurs années. En participant à ces commandos, les volontaires signent un engagement par lequel ils affirment connaître et accepter les risques de la mission qui leur est confiée et qui précise : « Je m’engage en outre, sur l’honneur, à respecter la règle des nouveaux commandos nomades : tout musulman sera considéré par moi comme un ami, et non comme un suspect, sauf preuve du contraire… »

Après cinq mois de cette activité intense, les résultats se font sentir. Les pertes dans les deux brigades sont très faibles et une baisse sensible des attentats est enregistrée. Les chantiers emploient plus de trois mille hommes. Jean Mairey, directeur général de la Sûreté nationale rend hommage à cette action dans un rapport qu’il adresse au président du Conseil, Guy Mollet, sur la situation en Algérie : « Je ne peux m’empêcher de penser, face à tant d’incompréhension, que bien des choses eussent changé avec d’autres méthodes. J’en veux pour preuve la magnifique réussite du Secteur oriental de la Mitidja. Là, un jeune général, audacieux dans ses conceptions, réaliste dans le travail, courageux et opiniâtre comme il l’avait été dans les luttes de la Libération, a su associer civils et militaires, Européens et Franco-musulmans, dans une œuvre de pacification véritable. » Il ajoute : « À ceux, s’il en demeure encore, qui se bercent de l’illusion de la seule solution du problème algérien par la force de l’armée et de la police conjuguées, je réponds que c’est là une dangereuse chimère parce que désormais irréalisable. Le fossé est trop large, la haine trop intense, l’incompréhension trop totale, après trop de violence et trop d’injustices pour que l’Algérie redevienne sans de grands bouleversements une unité réelle. […] Le sort de l’Algérie est entre les mains des politiques… »3

Mais il est déjà trop tard. Une nouvelle organisation de commandement est mise en place en vue du maintien de l’ordre dans le département d’Alger. Elle donne les pleins pouvoirs au général Massu, commandant la 10ème Division parachutiste, pour rétablir l’ordre dans le secteur d’Alger par tous les moyens. Bollardière est directement placé sous ses ordres et le combat vient de changer de nature. Comprenant le trouble des officiers de son secteur, celui-ci leur adresse une directive dans laquelle il précise : « La tentation à laquelle n’ont pas résisté les pays totalitaires de considérer certains procédés comme une méthode normale pour obtenir le renseignement doit être rejetée sans équivoque et ces procédés condamnés formellement. »4

Le désaccord est total entre Massu et Bollardière. Le 8 mars 1957, à Alger, ils ont un long entretien. Bollardière présente ses objections : « Je lui dis que ses directives sont en opposition absolue avec le respect de l’homme qui fait le fondement même de ma vie et que je refuse d’en assumer la responsabilité. […] J’affirme que s’il accepte le principe scandaleux de l’application d’une torture, il va briser les vannes qui contiennent encore difficilement les instincts les plus vils et laisser déferler un flot de boue et de sang. […] Je lui dis qu’il va compromettre pour toujours, au bénéfice de la haine, l’avenir de la communauté française en Algérie et que pour moi la vie n’aurait plus de sens si je me pliais à ses vues. » 5 Ce qu’il reprochera le plus à Jacques Massu, c’est d’avoir accepté une mission qui permettait au pouvoir politique de se dérober devant ses propres responsabilités. Pour lui, Massu, au nom de l’armée, devait refuser cette mission. À cela Massu répond par la nécessité de protéger à n’importe quel prix les vies innocentes et menacées, par l’efficacité immédiate des « interrogatoires poussés », par la rapidité indispensable à l’action. C’est un dialogue de sourds. Bollardière multiplie les contacts pour alerter les autorités civiles et militaires sur le caractère absolument néfaste de la politique menée par la France en Algérie. Il s’entretient avec les généraux Allard, commandant le corps d’armée d’Alger et Salan, commandant en chef en Algérie. Ceux-ci cherchent à étouffer l’affaire. Il rencontre enfin Robert Lacoste, le ministre résidant en Algérie, celui-là même qui avait confié à l’armée la mission de débarrasser Alger de ses terroristes « coûte que coûte ». En vain. Il donne sa démission et le 17 mars, il rentre à Nantes. Son épouse est mise au courant des événements dès son retour. Elle se sent spontanément en total accord avec la décision de son mari et l’approuve sans réserve : « J’ai toujours une grande reconnaissance envers mon mari pour cet acte. Ma vision de l’homme c’est cela, c’est ce qu’il a fait. Dix ans après sa mort je garde intacte une grande estime pour ce courage qu’il a eu. J’en suis fière » 6 et d’ajouter : « Jacques n’a pas quitté l’armée, c’est l’armée qui l’a quitté. »

 

Désobéissance

Nous sommes au tournant d’une vie qui marque le refus d’un homme d’être complice d’actes que réprouve profondément sa conscience. Ce jour-là, dit-il, « j’ai été obligé de rompre avec l’armée, pour me préserver moi-même, pour ne pas me détruire »7. En France, le pouvoir politique cache au peuple français la véritable nature des événements algériens. Jacques de Bollardière veut rompre ce sordide complot du silence. Jean-Jacques Servan-Schreiber est inculpé d’atteinte au moral de l’armée pour avoir publié plusieurs articles relatant son expérience algérienne et dénonçant l’attitude du gouvernement français. Bollardière lui apporte son soutien par une lettre rendue publique dans L’Express du 27 mars 1957, reprise dans Le Monde du 29 mars 1957 :

« Je pense qu’il était hautement souhaitable […] que vous fassiez votre métier de journaliste en soulignant à l’opinion publique les aspects dramatiques de la guerre révolutionnaire à laquelle nous faisions face, et l’effroyable danger qu’il y aurait pour nous à perdre de vue, sous le prétexte fallacieux de l’efficacité immédiate, les valeurs morales qui seules ont fait jusqu’à maintenant la grandeur de notre civilisation et de notre armée. » Il s’agit là d’un acte délibéré de désobéissance. Il enfreint la règle qui veut qu’une lettre donnée à la presse par un officier ait d’abord l’approbation du ministre des armées. Jacques de Bollardière est sanctionné de soixante jours d’arrêts par le ministre de la défense nationale. En entrant en prison, Jacques de Bollardière devient un homme libre. Après le putsch d’Alger en avril 1961, l’image d’une armée qui se soulève contre le pays lui est insupportable. Il quitte définitivement l’armée d’active et se retire avec sa famille dans sa Bretagne. Il est désormais un civil. Il a cinquantequatre ans.

 

Une carrière militaire prestigieuse

Si Bollardière est connu et admiré aujourd’hui pour cet acte d’objection de conscience radical, le grand public connaît moins ce que fut son action avant et ce qu’elle fut après cette rupture. Le centre de ressource Non-Violence Actualité a édité un dossier Jacques de Bollardière, compagnon de toutes les libérations, retraçant sa vie, ses combats militaires, sa rupture avec l’armée, ses combats avec les mouvements non-violents. Car il fut d’abord un chef militaire avec un goût du risque et un courage exceptionnel. Capitaine, il connaît l’ivresse de la victoire en Norvège, quand, le 27 mai 1939, Narvick est reconquise contre les Allemands. Il est sur le front de l’Erythrée contre les Italiens, participe au Moyen-Orient à la prise de Damas, affronte les troupes allemandes de Rommel à Bir Hakeim puis à El Alamein dans le désert de Libye où il est grièvement blessé, sa jeep sautant sur une mine. Le 12 avril 1944 il est parachuté en France pour commander, à la demande des Alliés, la résistance dans le maquis des Ardennes. Il est à nouveau grièvement blessé en sautant sur une mine et passe les dernières semaines précédant la libération des Ardennes sur un brancard, refusant de quitter son unité. En avril 1945, un mois avant l’armistice, les parachutistes français commandés par Bollardière s’illustrent en semant le désordre par l’arrière dans les troupes allemandes, permettant ainsi à l’armée canadienne d’enfoncer le front ennemi.

Il a été décoré des croix de guerre française, hollandaise et belge. Il est le seul officier français à avoir reçu le Distinguished Service Order britannique (DSO) avec barre, ce qui correspond à deux remises de cette décoration. Avant ses trente-huit ans, il a été chevalier puis officier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur, il a été titulaire d’une des premières croix de la libération. Il participera à la guerre d’Indochine pendant six ans. À la tête d’une demibrigade de parachutistes, il mène des opérations de commando au Laos, au Cambodge et au Tonkin dans le nord du Vietnam. Son goût pour l’action de commando lui vaut le plus grand respect de la part des hommes qui sont sous ses ordres. La torture commence à faire son apparition mais Bollardière soulignera avec force qu’en Indochine ces pratiques étaient clandestines et, chaque fois que des cas étaient connus du commandement en chef, des sanctions très dures étaient prises à l’encontre des tortionnaires.

 

La découverte de la non-violence

Après son retour à la vie civile, il va rencontrer la nonviolence à l’occasion d’une conférence donnée par Jean-Marie Muller à Lorient le 23 octobre 1970. La non-violence qui lui est présentée semble apporter la réponse qu’il cherchait depuis sa rupture avec l’armée : comment résoudre les conflits par des voies qui respectent l’homme ? Il va entrer dans ce monde nouveau, celui de la non-violence, de façon très pragmatique, d’abord avec prudence, puis avec passion. En octobre 1971, Jacques Massu publie : La vraie bataille d’Alger 8. Où il y justifie l’emploi de la torture en Algérie. Bollardière ne peut rester sans rien dire et publie à son tour : Bataille d’Alger, bataille de l’homme 9, un brillant plaidoyer contre la torture. Répondant aux nombreuses sollicitations, il commence une série de conférences à travers toute la France, ce qui l’amène à affirmer publiquement sa conviction dans la pertinence des méthodes et de la philosophie de la non-violence. Désormais on va retrouver Jacques de Bollardière sur tous les fronts des luttes non-violentes. En juillet 1973 il participe à une campagne de protestation contre les essais nucléaires en atmosphère à Moruroa dans une opération de commando avec l’équipage du bateau, Le Fri, voguant à proximité du lieu où doit se produire l’explosion :

« J’accomplis typiquement, dit-il, une opération de commando, avec une différence immense par rapport au passé : avant, j’allais tuer des gens ; maintenant, je vais les empêcher de tuer. » 10 Pour la troisième fois de sa carrière, il est sanctionné, mis à la retraite par mesure disciplinaire. Il demande au président de la République de le rayer de l’Ordre de la Légion d’honneur et lui renvoie sa plaque de grand officier. Pendant plus de dix ans, il devient le chantre infatigable de la non-violence. Il veut communiquer avec passion ses convictions mûries au sein du Mouvement pour une alternative non-violente dont il est cofondateur. Il est sollicité de toute part pour donner interviews et conférences. Il ne dit jamais « non ». Chaque abus de pouvoir le mobilise. Pour lui, aucune institution de l’État ne doit échapper au contrôle de la population. On le voit en Bretagne avec les militants écologistes antinucléaires contre le projet de centrale nucléaire à Plogoff, en Aveyron avec les paysans du Larzac contre un projet d’extension de camp militaire, à Paris pour la défense de comités de soldats, à Besançon avec les ouvriers de Lip en lutte pour la sauvegarde de leur outil de travail, au côté de sa femme dans la bataille du rail qu’elle mène pour que la gare de Quimperlé continue à être desservie par les trains. Il partage la démarche des objecteurs de conscience qui connaissent entre 1977 et 1981 une répression accrue. Beaucoup d’entre eux sont traduits devant les tribunaux. Le soutien de Bollardière est souvent sollicité. Toujours il répond en venant apporter son témoignage en leur faveur à la barre du tribunal ou en envoyant une lettre à son président quand il est dans l’impossibilité de s’y rendre.

 

Dernier combat

C’est d’un cancer généralisé que Jacques de Bollardière meurt le samedi 22 février 1986 à l’âge de soixantedix-huit ans. Sur les champs de bataille du monde entier, le vieux soldat avait tant de fois risqué sa vie avec une grande insouciance de la mort que jamais la perspective de la mort imminente n’a pu entamer sa sérénité :

« Je suis en train de mourir mais je suis heureux, comblé. J’ai passé des années et des années à me demander ce que je faisais sur la terre et ce que faisaient les autres autour de moi. Maintenant je vais savoir […]. Je n’ai pas peur. J’ai un peu d’angoisse seulement à l’idée que le moment du passage est là, tout proche […] une étrange angoisse à la pensée que le rideau va se lever et que je vais enfin savoir ce que cela veut dire : VIVRE. »11

 

POUR EN SAVOIR PLUS

Il est possible de se procurer à l’adresse suivante :

Non-Violence Actualité, BP 241, 45202 Montargis Cedex, tél. 02 38 93 67 22 les deux ouvrages suivants :

Jacques de Bollardière, compagnon de toutes les libérations, éditions de NVA

Jacques de Bollardière, de l’armée à la non-violence, de Vincent Roussel, aux éditions DDB.

 

1) Lettre publiée par Non-violence politique, n° 28, juillet 1980.

2) J. de Bollardière, Bataille d’Alger, bataille de l’homme, DDB, 1972, pp. 83-84.

3) Jacques de Bollardière, Compagnons de toutes les libérations, éd. NVA, 2001, p. 38.

4) Circulaire du 18 février 1957, Roger Barberot, Malaventure en Algérie, Plon, 1957, p. 197.

5) J. de Bollardière, Bataille d’Alger, bataille de l’homme, op. cit., p. 93.

6) Entretien avec Simone de Bollardière, 31 juillet 1996.

7) Entretien avec Jean-Paul Kauffman, Le Matin, 13 août 1977.

8) Jacques Massu, La vraie bataille d’Alger, Plon, 1971.

9) Jacques de Bollardière, Bataille d’Alger, bataille de l’homme, op. cit.

10) Cité par Jean Toulat, Combattants de la non-violence, Cerf, mars 1983, p. 208.

11) Conversation de Claude Goure avec J. de Bollardière, Panorama, avril 1986.


Article écrit par Vincent Roussel.

Article paru dans le numéro 119 d’Alternatives non-violentes.