J’ai fait un rêve pour la Kanaky-Nouvelle-Calédonie

Auteur

François Roux

Année de publication

2025

Cet article est paru dans
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François Roux, avocat, engagé dans plusieurs causes relatives aux droits humains, la non-violence et l’écologie. Il a été l’avocat de nombreux objecteurs de conscience, des paysans du Larzac, de Jean-Marie Tjibaou et du FLNKS en Nouvelle-Calédonie, puis de plusieurs Faucheurs volontaires et Déboulonneurs de pub, etc. Il a repris sa robe d’avocat pour défendre les militants kanak poursuivis après les émeutes du printemps 2024 et emprisonnés en France.

 

Après avoir, dans sa Résolution 1514 de 1960, affirmé le droit des peuples colonisés à disposer d’eux-mêmes, l’Assemblée Générale des Nations Unies, dans sa Résolution 2621 de 1970, affirme « le droit inhérent des peuples coloniaux de lutter par tous les moyens nécessaires contre les puissances coloniales qui répriment leur aspiration à la liberté et à l’indépendance ».

Vu les événements tragiques que vient de connaître le Territoire, suite à la tentative du Gouvernement français de dégeler le corps électoral fixé par l’Accord de Nouméa, vu enfin la « trajectoire de décolonisation » que doit mettre en œuvre la « puissance administrante » sous contrôle du Comité de décolonisation des Nations Unies, les partis politiques signataires des Accords Matignon et Nouméa se sont réunis et, réitérant leur volonté d’un destin commun, et d’un indispensable rééquilibrage, ils se sont entendus ce jour sur les points suivants :

Article 1. L’Accord de Nouméa se poursuit dans tous ses aspects, notamment son préambule reconnaissant les ombres et les lumières de la colonisation, et les violences commises à l’égard du peuple kanak.

Article 2. Les principes actés à Nainville-les-Roches en 1983, reconnaissant les « victimes de l’histoire », demeurent.

Article 3. Les parties au présent « Accord de Kanaky-Nouvelle-Calédonie », conviennent que, dans le respect et la poursuite de l’organisation institutionnelle mise en place par l’Accord de Nouméa (Provinces, Gouvernement, Congrès, corps électoral), Kanaky-Nouvelle-Calédonie devient un État Indépendant, associé à la France pour une durée incompressible de 50 ans.

Article 4. Avec le corps électoral de l’Accord de Nouméa, un référendum sera proposé à la population de Kanaky-Nouvelle-Calédonie dans un délai maximum d’un an, afin de valider le présent Accord politique qui, en cas de vote positif, constituera le socle de la Constitution du nouvel État associé.

Article 5. Le double drapeau, Kanaky et Français, constitue l’emblème national du nouvel État associé.

Article 6. En contrepartie de la possibilité que cet Accord donne à la France, de maintenir sa présence et son influence dans la zone Indo-Pacifique, la France réitère l’engagement pris par elle dans l’Accord de Nouméa, de donner au Territoire, nouvel État associé Kanaky-Nouvelle-Calédonie, les moyens économiques et financiers de son développement économique et son rééquilibrage.

Article 7. Le nouvel État deviendra membre à part entière de l’Organisation des Nations Unies.

Article 8. Une Commission Vérité Réconciliation est mise en place, et tous les détenus placés en détention ou jugés, suite aux événements des mois de mai et juin 2024, lorsqu’ils ne sont pas mis en cause pour des crimes de sang, sont immédiatement remis en liberté.

Article 9. Le Comité de décolonisation d’une part, et le Secrétaire Général des Nations Unies d’autre part, sont chargés de superviser la bonne mise en œuvre de cet Accord.

Fait à Nouméa le… 

Ici, la terre respire

« Pendant les négociations des Accords de Matignon-Oudinot, Jean Marie m’a appelé pour me demander si je pouvais l’amener “en brousse” (expression calédonienne); c’est comme ça qu’il appelait le Larzac où il se sentait bien disait-il, car ça lui rappelait la tribu! Et il avait un besoin immense de quitter le béton de la ville [Paris] et de se reconnecter à la terre.

Je le revois au Cun, où je l’ai en effet amené le lendemain : il disait, pieds nus, les deux pieds dans la terre “Ici on se sent bien, la terre respire”. Et je suis sûr qu’il la sentait respirer. »

François Roux


Article écrit par François Roux.

Article paru dans le numéro 214 d’Alternatives non-violentes.