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2016

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Pour une Marseillaise de la paix

Il est interdit de chanter sur l’air de La Marseillaise des paroles qui ne seraient pas les paroles officielles. Mais les parodies ne manquent pas !

Citons d’abord quelques unes de ces variantes qui ne prétendent pas supplanter le chant national : La Marseillaise agricole (1798), La Marseillaise anticléricale de Léo Taxil (1881), La Marseillaise de la Courtille (fin XVIIIe siècle), La Marseillaise électorale (1880), La Marseillaise des femmes (1870 et 1880).

D’autres versions, comme La Marseillaise de Greame Allwright ou de celle du commandant Christian Guillet (www. lanouvellemarseillaise.org), visent ouvertement à remplacer l’hymne existant.

C’est aussi le cas de La Marseillaise de la Paix, écrite en 1892 par les élèves de l’école primaire de Cempuis, dont voici les paroles :

[Refrain]
Plus d’armes, citoyens !
Rompez vos bataillons !
Chantez, chantons,
Et que la paix
Féconde nos sillons !

De l’universelle patrie
Puisse venir le jour rêvé
De la paix, de la paix chérie
Le rameau sauveur est levé
(Bis)
On entendra vers les frontières
Les peuples se tendant les bras
Crier : il n’est plus de soldats !
Soyons unis, nous sommes frères.

Quoi ! D’éternelles représailles
Tiendraient en suspens notre sort !
Le pillage, le feu, et la mort
(Bis)
C’est trop de siècles de souffrances
De haine et de sang répandu !
Humains, quand nous l’aurons voulu
Sonnera notre délivrance !

Plus de fusils, plus de cartouches,
Engins maudits et destructeurs !
Plus de cris, plus de chants farouches
Outrageants et provocateurs
(Bis)
Pour les penseurs, quelle victoire !
De montrer à l’humanité,
De la guerre l’atrocité
Sous l’éclat d’une fausse gloire.

Debout, pacifiques cohortes !
Hommes des champs et des cités !
Avec transport ouvrez vos portes
Aux trésors, fruits des libertés
(Bis)
Que le fer déchire la terre
Et pour ce combat tout d’amour,
En nobles outils de labour
Reforgeons les armes de guerre.

En traits de feu par vous lancée
Artistes, poètes, savants
Répandez partout la pensée,
L’avenir vous voit triomphants
(Bis)
Allez, brisez le vieux servage,
Inspirez-nous l’effort vainqueur
Pour la conquête du bonheur :
Ce sont les lauriers de notre âge.

Hymnes du monde

Le Lion rouge, Sénégal

Le poète et académicien Léopold Sedar Senghor, écrivant Le Lion rouge, met les paroles de l’hymne national sénégalais au service d’un idéal d’ouverture aux autres et de modernité :

[…] Sénégal, comme toi, comme tous nos héros,
Nous serons durs, sans haine et les deux bras ouverts,
L’épée, nous la mettrons dans la paix du fourreau,
Car notre travail sera notre arme et la parole.
Le Bantou est un frère, et l’Arabe et le Blanc. […]

L’Abidjanaise, Côte d’Ivoire

En 1959, la Côte d’Ivoire organise un concours d’écriture du chant national. Un an plus tard, au moment de son accession à l’indépendance sous la présidence de Félix Houphouët- Boigny, le pays adopte l’Abidjanaise comme hymne officiel. Si le compositeur a pris la musique de La Marseillaise comme modèle, le parolier, de son côté, s’en démarque nettement lorsqu’il exalte la paix et la fraternité :

[…] Fiers ivoiriens le pays nous appelle.
Si nous avons, dans la paix, ramené la liberté,
Notre devoir sera d’être un modèle
De l’espérance promise à l’humanité,
En forgeant, unis dans la foi nouvelle,
La patrie de la vraie fraternité […]

Deutschlandlied, Allemagne

Les paroles furent écrites en 1841, quand le Saint-Empire germanique, aboli par Napoléon en 1804, était morcelé en États rivaux. Les premiers mots, « L’Allemagne par-dessus tout », engageaient les souverains à dépasser leurs querelles. Le régime nazi, à la faveur d’un détournement de sens, utilisa le chant dans un esprit de domination « L’Allemagne pardessus tous ». Après la guerre, en Allemagne de l’Ouest, les échanges entre le chancelier Konrad Adenauer, qui voulait préserver l’hymne dans son entièreté, et le président Théodor Heuss, soucieux de se démarquer radicalement du passé infâme, aboutirent en 1952 à la décision de ne garder que le 3e couplet où ne subsiste aucune connotation guerrière. Après la réunification allemande en 1991, ce couplet fut adopté comme
hymne de toute l’Allemagne.

Unité, justice et liberté
Pour la patrie allemande,
Ce but, poursuivons-le,
Fraternellement, du coeur et de la main.
Unité, justice et liberté
Sont les fondations du bonheur.
Fleuris, dans l’éclat de ce bonheur,
Fleuris, patrie allemande !


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Article paru dans le numéro 178 d’Alternatives non-violentes.