Auteur

François Vaillant

Année de publication

2002

Cet article est paru dans

123.jpg

Nous connaissons tous dans nos familles, parmi nos amis, des personnes qui ont été tuées sur la route ou qui demeurent handicapées à vie.

La violence routière est impitoyable, mais elle est acceptée par la société comme le tribut sacrificiel d’un objet idolâtré par beaucoup : la voiture. S’il n’y avait pas idolâtrie, donc aveuglement, depuis longtemps on se serait un peu plus questionné sur les 8 000 morts et les 30 000 blessés graves, chaque année, en France. Les morts sont enterrés. Les blessés graves deviennent des handicapés à vie. Ceux-ci représentent sur dix ans l’équivalent de la population d’une ville comme Toulouse !

La voiture n’est pas seulement l’objet que certains bichonnent pour le paraître, l’objet érotisé, comme par hasard, par l’idéologie publici- taire. La voiture est aussi comme un second corps qui enveloppe le premier et suscite cette distance si caractéristique vis-à-vis d’autrui et du monde, cet éloignement qui fournit le sentiment de dominer et d’être hors d’atteinte. Second corps, certes, mais aussi comportement : « Montre-moi comment tu conduits, je te dirai qui tu es. » Conduire, c’est se conduire ; souvent avec violence.

Quand on décide de « prendre la route », c’est qu’on n’a nullement l’intention de la partager : « Qu’est-ce qu’il attend pour avancer ? » « Je vais lui faire sa fête... » « Tout le monde roule sur l’autoroute à 150, pourquoi pas moi ? » « Il est fou ce piéton de traverser » (au passage clouté !)... « Tiens, je suis passé à un feu orange bien sanguin !... » « Pousse-toi que je passe », etc.

La vitesse permet de se dérober aux regards, à la différence de la marche à pied et du vélo. Peu importe si ma voiture pollue, gêne ou menace. Je n'ai pas le temps d'avoir honte. La voiture permet d'être impunément mufle et lâche !

Face à la violence routière, il convient de proposer une culture routière non-violents. Ce numéro d'ANV présente donc un double intérêt : tout d'abord celui de débusquer les causes de la violence routière, que plusieurs auteurs raccordent à l'infantilisme et à l'anxiété des conducteurs, et, en deuxième lieu, de montrer le réaménagement urbain est possible, donc souhaitable.

En désintoxiquant les villes des voitures, grâce à une politique de nouveaux transports en commun, la vie urbaine pourrait devenir moins individualiste, plus harmonieuse, plus humaine. Par ailleurs, disons-le d'emblée : halte aux lobbies pétroliers et aux lobbies des camions ! L'avenir est au rail, puisque de toute façon il n'y aura plus de réserve mondiale de pétrole dans quarante ans !

François Vaillant

 

 


Article écrit par François Vaillant.

Article paru dans le numéro 123 d’Alternatives non-violentes.