Auteur

François Vaillant

Année de publication

2003

Cet article est paru dans

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Une fillette a été choquée de voir subitement dans le ciel de sa bourgade, à quelques kilomètres d’Évian, tant d’avions et d’hélicoptères, avec leurs missiles de combat visibles à l’œil nu, quand s’est réuni le G8, début juin, pour soi-disant protéger les chefs d’État lors de cette réunion. Elle a alors questionné sa grand-mère : « C’était comme ça aussi durant la guerre de 1939-1945 ? »

Les guerres se suivent et ne se ressemblent nullement. Celle que poursuit la mondialisation néo-libérale avance à pas feutrés, avec des victimes que l’on ne voit pas. Son leitmotiv est business is business. Plus elle pénètre les institutions, plus elle mondialise par ailleurs un sentiment d’injustice.

L’idée de mondialisation pourrait être excellente. Les premiers chré- tiens n’ont-ils pas été les premiers à désirer un monde sans frontières, fait de solidarité et de fraternité ? L’idéal des révolutionnaires de 1789 n’a-t-il pas été de vouloir supprimer les oligarchies pour susciter un monde d’égalité où primeraient le droit et le respect de tout un à chacun ? Il en va tout autrement de nos jours avec la politique américaine pour qui la planète n’est décidément qu’une marchandise et ceux qui l’habitent des pions.

La rencontre du G8, à Évian, ne fera pas date. Elle a débouché sur « un océan de pas grand-chose », comme les huit organisations altermondialistes du contre-sommet l’ont déclaré. « Le compte n’y est pas » sur le sida, relè- vent-elles, il n’y a « rien de rien » sur la dette des pays pauvres. Ces organi- sations, parmi lesquelles Attac, Greenpeace, le CCFD ou encore le Crid, s’insurgent contre « la fuite en avant » dans la libéralisation du commerce mondial. Elles s’étonnent que le G8 « reconnaisse la profonde crise du système », alors qu’il « réitère la nécessité d’accélérer la libéralisation du commerce mondial », « refusant de reconnaître que les politiques préconisées sont en fait les causes mêmes de ce désordre mondial ». De plus, ajoute le communiqué, l’ouverture aux pays du Sud de cette édition du G8 n’a été qu’une « supercherie »1.

Une autre mondialisation que celle préconisée par le G8 est possible. C’est pourquoi ses partisans se définis- sent comme des altermondialistes. Pour que demain un dollar investi dans des multinationales situées dans des pays pauvres cesse de rapporter jusqu’à trois dollars par an à ceux qui gagnent de l’argent en faisant travailler les autres, qui ne profitent pas de leur propre labeur. Pour que demain l’agriculture ne soit pas entre les mains d’entre- prises vendant des OGM dont personne n’est encore capable de mesurer les dangers pour l’environnement et l’alimentation. Pour que demain un commerce équitable soit généralisé avec les pays du Sud. Rarement autant qu’aujourd’hui l’achat d’une paire de chaussures ou d’un jouet est devenu un acte de morale politique.

Une autre mondialisation ? Utopie ou réalité ? Nous savons comment l’empire américain tisse sa toile. À se demander d’ailleurs, quand Jacques Chirac a reçu des mains de Georges Bush, à Évian, des livres sur l’histoi- re des Indiens d’Amérique, si le président français n’a pas eu une pensée pour ceux qui ont probablement caché naguère des armes de destruction massive dans leurs tipis ! Tout empire finit par s’écrouler : autrefois l’empire romain, hier l’empire soviétique2.

Pour l’heure, force est de constater que le mouve- ment altermondialiste a de bonnes raisons de ne pas s’essouffler : il a choisi l’action non-violente, ce qui lui permet de ne pas entrer dans la spirale infernale de la violence où les tenants de la mondialisation néo-libérale aimeraient tant qu’il soit. « Il est vain de proclamer que le pouvoir est au bout du fusil quand c’est l’adversaire qui a tous les fusils », nous rappelle sans cesse Saul Alinski. La violence, c’est l’OMC, le FMI... La non- violence, ce sont les rassemblements et les travaux des altermondialistes, à Porto Alegre, au contre-sommet d’Évian, bientôt cet été, les 8, 9 et 10 août, sur le Larzac, où sera ANV.

Il y a trente ans, le Larzac parlait déjà à notre cœur et à notre raison. Le numéro 1 de la revue Alternatives Non-Violentes sortait de l’imprimerie, faisant écho à la lutte non-violente des paysans du Larzac. C’est avec une profonde joie qu’ANV sera encore présent sur cette terre, en août prochain. Pour dire qu’un monde solidaire et fraternel s’avère possible, en le vivant déjà.


Article écrit par François Vaillant.

Article paru dans le numéro 126 d’Alternatives non-violentes.