Le Collectif des déboulonneurs s’engage en non-violence

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2014

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Le combat antipublicitaire est de plus en plus marqué par les actions non-violentes de désobéissance civile menées par le Collectif des déboulonneurs. Celui-ci intervient dans un nombre croissant de villes françaises. Qu’en est-il précisément ?

Le combat antipublicitaire est de plus en plus marqué par les actions non-violentes de désobéissance civile menées par le Collectif des déboulonneurs. Celui-ci intervient dans un nombre croissant de villes françaises. Qu’en est-il précisément ?

Paris, boulevard Montmartre, vendredi 25 novembre 2005, il est 17 heures 30. Une centaine de personnes se rassemble, peu se connaissent encore. Chacun sait qu’une action antipublicitaire, non-violente, de désobéissance civile, est imminente. Des journalistes sont là, certains avec des caméras de télévision. Soudain, six personnes s’élancent d’un pas décidé et emmènent le groupe à une centaine de mètres. Ils barbouillent trois grands panneaux publicitaires de l’afficheur JCDecaux, avec ces mots inscrits à l’aide de bombes de peinture : « Publicité = violence », « Pub = pollution visuelle », « Halte au matraquage ». La foule manifeste sa joie et applaudit. Une ani- mation s’ensuit. Des orateurs montent à tour de rôle sur un tabouret pour de courtes prises de parole, expliquant aux passants ce qui est en train de se dérouler. Les journalistes s’en donnent à cœur joie, cette histoire leur plaît visible- ment. Soudain, à 17 heures 50, des voitures de police arri- vent. Une quinzaine de policiers en sortent, dont deux armés d’un pistolet-mitrailleur. Ils se mettent en ligne sur la chaussée. Un commissaire s’énerve tout seul. Il téléphone à sa hiérarchie. Un observateur discret des antipublicitaires écoute la conversation. L’émotion de peur rode un peu partout, que va-t-il se passer maintenant ?

Il est 18 heures. Les barbouilleurs abandonnent les entretiens qu’ils donnent à la presse pour se concerter à la vitesse du son, puis un autre activiste prend la parole sur le tabouret. La nuit est là, le célèbre boulevard est merveilleusement éclairé, les trois panneaux sont barbouillés. Et l’orateur d’expliquer d’une voix forte : « La non-violence est notre force ! » Applaudissements de la foule. « Comme vous le savez, poursuit-il, les six barbouilleurs ont dégradé des affiches publicitaires, mais ils se déclarent responsables de leurs actes devant la police et les tribunaux. Ils vont donc s’avancer jusque devant les policiers. La non-violence est notre force. » Chacun retient son souffle. Les caméras tournent, les journalistes sont aux aguets. La foule s’ouvre, comme la Mer Rouge dans une autre histoire, et laisse passer les six « désobéissants » qui s’avancent lentement, tête haute, carte d’identité brandie au-dessus de leur tête, jusque devant les policiers disposés en ligne. L’inimaginable se produit alors, les policiers reçoivent la consigne de reculer et de s’écarter. Il n’y aura donc pas d’arrestation ce jour-là.

On croit savoir que la police est gênée par la pré- sence des journalistes et des caméras. Les barbouilleurs se mettent alors à chanter en chœur Le Barbouilleur (une adaptation du Déserteur de Boris Vian). Il est juste de dire que ce jour-là, encore une fois, la non-violence a fait reculer la police. Une autre action du Collectif des débou- lonneurs a lieu également à Rouen, dans la foulée de l’ac- tion à Paris, mais là le barbouilleur est conduit à l’Hôtel de police où il restera deux heures.

La couverture de presse est impressionnante pour la première sortie du Collectif des déboulonneurs, fin novembre 2005. Les titres des articles parlent d’eux- mêmes : « Action antipub à Paris » Libération 1 ; « Les anti-pub refont surface » 20 minutes2 ; « Haro sur l’affi- chage publicitaire » La Vie3 ; « Les déboulonneurs attaquent » Politis4 qui commente à merveille cette action en parlant de « non-violence » et de « désobéissance civile » ; « Les anti-pub font leur pub » Paris-Normandie5 ; des reportages de la presse audiovisuelle sont de la même veine et, grâce à l’AFP, des quotidiens de province relatent l’action, souvent photo à l’appui.

Notons au passage que le mot « antipub », com- mode pour des titres d’article dans les journaux, n’est pas une fabrication des antipublicitaires ! Ce vocable, créé probablement dans la dernière partie du XXe siècle, a été répandu par les journalistes à partir de 2001, époque des premiers barbouillages collectifs menés au grand jour dans les rues de Paris. Il a été repris lors des actions massives dans le métro parisien, à l’automne 2003.

Actuellement, chaque quatrième vendredi, samedi ou dimanche de chaque mois, dans maintenant de plus en plus de villes, le Collectif des déboulonneurs intervient, et interviendra jusqu’à la promulgation d’une nouvelle loi sur l’affichage, décret d’application à l’appui. Le but est de « déboulonner la publicité, de la faire tomber de son piédestal, non pas la supprimer, mais la mettre à sa place, pour qu’elle soit un outil d’information6 »...

La logique de l’action non-violente

À y regarder de près, la non-violence est au cœur du dispositif lancé par le Collectif des déboulonneurs. Outre les attitudes joyeuses, plus aptes à séduire le pas- sant qu’à le faire fuir, les barbouillages ont lieu en plein jour et les transgresseurs sont prêts à assumer leurs actes devant la police et les tribunaux. De plus, ils ont choisi d’opérer le quatrième vendredi, samedi ou dimanche de chaque mois, ce qui va donner du piment à l’action, car, si deux villes, Paris et Rouen, ont commencé à barbouiller en novembre 2005, six sont au rendez-vous de mars. Combien seront-elles à la fin de 2006 ? Vingt, trente ? L’effet contagieux est au cœur de la logique non- violente, et elle n’est pas sans rappeler ici la façon dont Martin Luther King et ses amis opéraient aux États-Unis pour créer des groupes d’action afin que les Noirs conquièrent leurs droits civiques.

L’objectif des déboulonneurs est « précis, limité et atteignable » (Jean-Marie Muller), à savoir : obtenir des pouvoirs publics une nouvelle loi et un décret d’ap- plication qui ramènent la taille des affiches à 50x70 cm et limitent les dispositifs à 2 m2 maximum, avec une densi- té raisonnable fonction du nombre d’habitants. Cet objectif précis et limité constituera une première brèche dans le système publicitaire.

La désobéissance civile ne concerne que les barbouilleurs. Les spectateurs des actions, si importants pour que le barbouillage soit un événement, eux, ne ris- quent rien au regard de la loi. Il leur suffit de se mettre « à circuler » si la police le leur demande.

Tout le monde peut participer aux actions de bar- bouillage, y compris les personnes handicapées, à la différence d’une action violente qui, elle, requiert des aptitudes généralement réservées à des personnes sportives. Les barbouillages ont donc tout pour être populaires, et l’on a même vu, à une action du 23 décembre, des activistes non-violents venir avec leur enfant dans une poussette. La non-violence rassemble, alors que la violence fait peur et disperse, c’est toujours la même histoire.

Les barbouilleurs veulent des procès ! Écrire des mots à la bombe de peinture sur un dispositif publicitaire, ce n’est pas le taguer. Attention, il ne faut pas que les barbouilleurs acceptent le mot « tag » sur leur déposition au poste de police car il existe une loi sur les tags, alors qu’un graffiti dépend d’une autre loi moins répressive.

Le grand plaisir des barbouilleurs est de récidiver chaque mois, ce qui donnera du sel à leurs procès, lesquels sont conçus pour être des caisses de résonance du combat antipublicitaire. Cette volonté d’aller jusqu’à des procès rappelle à certains les actions des paysans du Larzac à la fin des années 1970. Y aura-t-il amendes, peines de prison ? Personne n’en sait rien, mais chacun peut déjà deviner que c’est là que tout va se décider. Soit, grâce à leurs procès, les déboulonneurs auront gagné à leur cause la majorité de l’opinion publique, et il faudra que les pouvoirs publics changent la loi de 1979 sur l’affichage, soit les déboulonneurs auront perdu leur combat et l’invasion publicitaire se poursuivra alors de plus belle.Est-ce une violence que d’inscrire des mots avec des bombes de peinture sur un panneau publicitaire ? Non, il s’agit d’une dégradation. C’est la loi française qui le dit. Si ces mots sont injurieux, ils peuvent être appré- ciés par un magistrat comme étant une violence morale, ce qui n’est aucunement le cas s’il est écrit par exemple : « PUB = POLLUTION », « PUB = VIOLENCE », « HALTE AU MATRAQUAGE », etc. Si les barbouilleurs du Collectif des déboulonneurs sont poursuivis devant les tribunaux, il leur sera reproché d’avoir dégradé des affiches, avec le plus souvent la récidive comme circonstance aggravante.

Qui sont les adversaires du Collectif des déboulonneurs ?

Quand les barbouilleurs se font arrêter par la police, cela ne se passe jamais deux fois de la même façon. Mais ils ont une règle : celle de la courtoisie, en toutes circonstances. Non, les adversaires des déboulonneurs ne sont pas les policiers. Ceux-ci ont un métier difficile, pour lequel, en outre, ils sont souvent insuffisamment formés. On néglige souvent le fait que les policiers ont parfois peur avant d’intervenir sur site. Ils ne savent pas à l’avance comment ils vont se faire accueillir.

Quand les policiers débarquent de leur voiture à gyrophare, les déboulonneurs, eux, leur lancent parfois en chœur un respectueux et joyeux « bonjour ! ». Rien de tel pour donner le ton ! Il est normal ensuite que les barbouilleurs soient conduits au commissariat, où ils sont invités à faire une déposition. Car il leur faut une déposition pour ensuite être poursuivis soit par le Parquet soit par l’afficheur, ce qui les conduira, dans leurs villes respectives, aux procès si attendus.

Les adversaires des déboulonneurs de publicité ne sont ni les policiers ni les magistrats, mais les publici- taires et les afficheurs. Les premiers s’échinent à trouver des slogans et des images pour aguicher la « cible » visée par les annonceurs (les marques), alors que les affi- cheurs se chargent de louer leurs supports, lesquels vont être placardés d’affiches. En allant barbouiller un panneau JCDecaux ou Clear Channel, par exemple, le barbouilleur prend le risque d’être poursuivi par l’afficheur qui estime que la dégradation d’affiches est un préjudice, pour lui l’afficheur, mais aussi pour l’annonceur. Jusqu’à maintenant, aucun afficheur n’a encore porté plainte contre un barbouilleur du Collectif des déboulonneurs. Il faut souhaiter que cela arrive ! On comprend très bien que les afficheurs se questionnent actuellement, car s’ils commencent pour un, il faudra agir de la même façon pour tous. Le choix des afficheurs est donc simple : soit ils font le gros dos, en continuant à nettoyer les inscriptions qui s’en vont rapidement avec des produits spéciaux — pensant que les déboulonneurs se fatigueront un jour ou l’autre —, soit ils les poursuivent devant la Justice, mais ce sera leur faire de la publicité !

Que va-t-il se passer ? Personne n’en sait rien ! Il va y avoir probablement des événements imprévus dans les trimestres qui viennent. Mais une chose est certaine, la lutte non-violente conduite par le Collectif des déboulon- neurs met en jeu des sommes colossales ! Il ne faut pas s’imaginer que les afficheurs vont abandonner facilement leur dégradation des paysages et de l’espace public, qui leur rapporte tant d’argent. JCDecaux et Publicis, pour ne parler que d’eux, ont des cotes qui ne cessent de monter en bourse, chaque année. Les adversaires des déboulon- neurs sont les afficheurs, avec derrière tout le monde du système publicitaire. Il ne faut pas s’imaginer que celui-ci va lâcher prise facilement. Le combat va être féroce, il faut s’y attendre. Et comme l’adversaire a le pouvoir de l’argent et l’art de la manipulation, il n’agira pas dans la dentelle. De fait, au bout du compte, c’est l’opinion publique qui décidera, en faisant pression ou non sur les pouvoirs publics. Le pouvoir est dans la rue, il est tout le temps dans la rue ! Pour le moment, c’est celui des afficheurs qui y est, pour nous vendre des « marques » ! Quand on découvre que « marque » en anglais se dit « brand », qui vient de « brandon », outil servant pour marquer au fer rouge les animaux, on a vraiment envie de rejoindre le groupe local des déboulonneurs le plus proche !

« Nous sommes les enfants de la publicité, elle a toujours été là, dès notre naissance, et seules les personnes âgées se souviennent du temps béni où la pub n’avait pas encore envahi la télévision, les journaux et la rue. Aujourd’hui la publicité est devenue une norme, nous ne l’avons pas choisie, elle est là, comme les arbres, les gens, les animaux, les voitures, et, de prime abord, aucune personne n’a le réflexe de la rejeter, dans la mesure où elle fait partie du quotidien. » Johann Lachèvre, 32 ans, activiste antipublicitaire.

On s’imagine facilement que les Renseignements généraux de la Police nationale suivent de plus en plus près les activités des groupes locaux du Collectif des déboulonneurs. Ils font leur travail. D’ailleurs, on ne voit pas très bien ce qu’ils peuvent faire puisque ces groupes locaux barbouillent à des dates sues à l’avance. Il est probable, cependant, que les afficheurs fassent de plus en plus pression sur les RG, et la police en général, pour que cessent les activités de barbouillage. Revoir le film Gandhi8 peut être ici très utile psychologiquement, car que peut la police contre des activistes non-violents décidés à récidiver ?

Par ailleurs, les déboulonneurs se doutent bien qu’ils sont épiés par le monde publicitaire, à l’image d’un propos de M. Carisé, directeur technique de Métrobus, interrogé par un groupe d’étudiants de l’école Polytechni- que, à l’occasion d’un rapport qu’ils ont rédigé en 2005, avec pour titre « Étude du mouvement antipublicitaire dans le métro ». Ce propos, relatif aux dégradations dans le métro parisien en automne 2003, est limpide : « À titre personnel, dès le mois d’octobre 2003, je suis allé à tous les rendez-vous antipublicitaires. Même si Métrobus n’a officiellement pas étudié le mouvement, nous, ici, à la direction technique, l’avons regardé de près. On est connecté en permanence sur les sites, on les analyse. Il y a d’ailleurs des gens à Métrobus qui font partie de leur mou- vement. Nous ne sommes pas là pour les empêcher d’agir, mais pour voir ce qu’ils font, comment ils évoluent9. »

Combien coûte la publicité ?

Les annonceurs, c’est-à-dire les marques, dépensent une somme globale qui ne dit pas grand-chose au simple consommateur. Quand on la compare au budget de la Défense nationale, on commence à prendre conscience d’un phénomène inouï. Les deux sommes d’argent sont comparables !

Comme c’est en fin de compte le consommateur qui paie la publicité, cela lui coûte en moyenne 500 euros par an, car, tel un impôt bien caché, le coût des publicités est répercuté sur le prix des produits achetés.

Les métaphores militaires

Que les dépenses des annonceurs soient comparables en France aux dépenses militaires fait tout de suite penser au langage publicitaire si riche en métaphores guerrières. Les consommateurs sont des « cibles », les  arguments de vente des « flèches », les marchés des « créneaux », les effets des « impacts ». Les publicitaires font des « campagnes », avec des « stratégies » finement élaborées.

L’une des principales publications des profes- sionnels de la publicité s’appelle même Stratégies ! Pour mieux comprendre ce que cela induit, il faut probable- ment rappeler que le mot « stratégie » provient du grecstratêgia, lequel se traduit par « l’art de faire la guerre ». Les consommateurs-citoyens que nous sommes sont donc avertis : victimes il y a, victimes il y aura !

Des partisans de la non-violence ne sont pas indemnes de l’intrusion du langage militaire dans leurs propos. Certains parlent de « stratégie de l’action non-violente », ce qu’il est probablement préférable de nommer la « logique de l’action non-violente ». Non seulement parce que cette appellation se réfère à une partie centrale de la philosophie, intéressante pour comprendre l’agir humain, mais aussi parce qu’elle induit ce qui fut si cher à Gandhi, à savoir la cohérence de la fin et des moyens pour condui- re avec efficacité une action moralement acceptable.

Des antipublicitaires sont parfois coupables, eux aussi, de reprendre à leur compte des métaphores militaires, ou propres au langage de la violence, pour faire valoir leurs revendications. C’est ainsi, par exemple, qu’un excellent site antipublicitaire sur la Toile s’appelle « Brigade antiPub » (www.bap.propagande.org ). Par ailleurs, des autocollants antipublicitaires sont parfois collés sur les affiches d’aubettes (arrêts de bus). Outre le fait que ceux qui les collent fuient la police, ces autocollants ont-ils vocation à faire réfléchir pédagogiquement le passant sur les méfaits de la publicité ou alors à le braquer d’emblée ? Je ne suis pas certain que des injonctions du genre « Consomme, pollue et tais-toi, c’est un ordre ! », « Détruis la pub sinon elle te détruira » soient dans une logique susceptible de faire réfléchir les passants. Il en va tout autrement quand les autocollants sont drôles, imagés, ou quand des militants antipublicitaires collent des poèmes sur des affiches.

Quelle langue française véhicule la publicité ? Certainement pas celle de Voltaire ou de Victor Hugo. Une simple lecture du 4-pages, « l’argumentaire » du Collectif des déboulonneurs (« Invasion publicitaire, désobéis- sons »), et des fiches qui y sont associées, confirme que les déboulonneurs sont plutôt attachés à la beauté de la langue française. Pour certains, l’intrusion de mots anglais dans le langage courant ne fait que rappeler que la langue américaine sert l’impérialisme commercial et politique des États-Unis.

Ah ! et pourquoi « déboulonneur » ? C’est d’au- tant plus paradoxal que ce mot n’existe pas dans le dic- tionnaire, à la différence de « déboulonner » ! Les cinq fondateurs du Collectif des déboulonneurs s’en explique- ront peut-être un jour devant un magistrat ! En attendant, ils confirment que ce terme a été retenu par eux, notamment parce qu’il sonne bien dans les oreilles. D’ailleurs, c’est bien ce qu’attestent ceux et celles qui viennent par- ticiper activement aux barbouillages. La majorité d’entre eux ont entre 18 et 35 ans. Ce vocable leur plaît à souhait. À se demander si les cinq fondateurs du Collectif des déboulonneurs n’ont pas procédé à une série de tests sur cette tranche d’âge avant de lancer leur appellation non contrôlée ! Il n’en demeure pas moins que ces jeunes appartiennent à la nouvelle génération qui le plus souvent n’a jamais milité nulle part. Ils se disent très intéres- sés par l’option non-violente des déboulonneurs. Ils ne se disent pas « militants » mais « activistes » antipublicitaires. L’intrusion du langage militaire sous forme de métaphores est vraiment partout, mais on sent que les temps changent. Vive la non-violence !

Que vaut l’objectif 50 x 70 cm ?

Il va falloir que les afficheurs embauchent du monde pour retirer leurs énormes dispositifs publicitaires de 4x3 m, ainsi que tous les obstacles urbains que l’on ren- contre maintenant dans de plus en plus de villes que leurs maires, tels de vulgaires proxénètes, vendent aux afficheurs ! Par « obstacles urbains », nous entendons, par exemple, les « sucettes » JCDecaux, trop souvent appelées « mobilier » alors qu’elles obstruent plus qu’elles ne meublent... Mais on ne peut pas, diront certains, retirer comme ça des panneaux publicitaires ! Si cela peut se faire, par exemple, à Genève, où la mairie a décidé de retirer 470 panneaux 10, pourquoi cela ne pourrait-il pas se faire en France ?

La réforme de la loi, souhaitée par le Collectif des déboulonneurs, instaure donc le format 50x70 cm comme taille maximale pour toute affiche. Vous êtes-vous déjà senti agressé par une affiche de ces dimensions ? Pourquoi cette revendication serait-elle utopique ? À Paris, la munici- palité impose déjà ce format maximal aux affiches... d’opinion ou associatives ; alors pourquoi ce cas particulier propre à la capitale ne pourrait-il pas s’étendre à toutes les affiches, commerciales et autres, sur tout le territoire ? En limitant à 2 m2 les dispositifs publicitaires — ce qui leur permet donc d’accueillir chacun quelques affiches de 50x70 cm, et en les limitant par commune en fonction du nombre d’habitants, notre pays cessera d’être défiguré.

Une telle réforme de la loi serait à coup sûr une brèche contre l’envahissement publicitaire, mais l’instauration du 50x70 cm a-t-elle des chances de recevoir l’assentiment de l’opinion publique durant les mois qui viennent, sans quoi la revendication des déboulonneurs tombera à l’eau ?

Il faut compter avec le temps ! En plus du temps, il va falloir que les déboulonneurs usent de pédagogie. Ce n’est jamais simple d’accepter de se désintoxiquer, tant les « 4x3 » font partie du paysage auquel notre champ visuel a tendance à s’habituer en toute passivité. Il m’a fallu trois mois pour être convaincu que le 50x70 cm était un objectif « précis, limité et atteignable ». Pour arri- ver à cette désintoxication, je me suis mis à scruter tous les panneaux, à descendre parfois de voiture avec un mètre à la main pour aller mesurer ceux que mon regard croisait. J’ai commencé à me dire qu’une affiche de 50x70 ne serait vraiment pas grande ! Puis j’ai eu l’occasion d’en voir plusieurs dans le sous-sol du métro parisien, là où des spectacles sont annoncés sur les quais. Mais c’est parfaitement lisible ! Ensuite, un jour, j’ai dû trouver, dans une ville de cent mille habitants, un hôtel dont je ne connaissais que le nom de la chaîne. Je souhaitais secrète- ment y trouver quelques grands panneaux m’indiquant la voie à suivre. Comme je cherchais cet hôtel, j’ai alors aper- çu plusieurs petits panneaux de 15x60 cm dont l’un indiquait sa direction à un carrefour. De fil en aiguille, grâce à ces tout petits panneaux, j’ai parcouru deux kilomètres sans me tromper jusqu’à la bonne adresse. Tout grand panneau de 4x3 m’aurait été inutile.

Les grands panneaux de 4x3 m sont vains, sauf pour le matraquage publicitaire, comme les « sucettes » JCDecaux, y compris quand ils annoncent un itinéraire à suivre pour rejoindre par exemple un supermarché. Pour les gens du coin qui connaissent déjà le chemin, leur pré- sence est sans objet. Si je suis en vacances, je n’aurai qu’à regarder les indications semblables à celles des hôtels pour trouver un supermarché si je décide de tour- ner le dos au petit commerce local. De fait, les préenseignes, qui soi-disant indiquent le chemin à suivre pour trouver une activité commerciale, sont des publicités camouflées. Et pourquoi tous les professionnels auraient-ils besoin de grands panneaux publicitaires pour faire connaître leurs produits marchands ou le lieu de leur activité ? En France, les médecins n’ont toujours pas le droit de faire de la publicité. A-t-on déjà vu quelqu’un qui, déménageant dans une nouvelle ville, n’y aurait jamais trouvé de médecin ? Il faut du temps pour accepter de se laisser désintoxiquer de la publicité !

Autre argument en faveur du 50x70 cm ! Les publi- citaires aiment à dire que leurs panneaux géants sont de l’art, que ceux-ci décorent les villes et les campagnes, qu’ils contribuent à l’éclairage nocturne ! C’est oublier que, dans plusieurs grandes villes, des mairies courageuses ont fait démonter de grands dispositifs publicitaires pour mettre à leur place des arbres et des fleurs. Personne ne s’en plaint ! Et à quoi ressemblerait demain le rond-point des Champs-Élysées si subitement des panneaux y étaient installés à la place des ornementations florales ?

Les métros de nos métropoles seraient-ils subitement tristes sans l’envahissement publicitaire ? Dans le tout neuf métro d’Istanbul, il n’y a aucune affiche publicitaire, et pourtant il est éclatant de beauté. On y circule avec plaisir. Des décorations de céramique colorées égayent les stations et les couloirs ; de grandes photos, représentant l’Istanbul des années 1960, illustrent avec finesse l’environnement des passagers. À Pantin (Seine-Saint-Denis), une splendide grande fresque murale, réalisée par des élèves des Beaux-Arts, éclairée doucement la nuit, évite encore que ce même mur soit utilisé pour un affichage commercial. Oui, il y a mille choses à inventer pour redonner un visage coloré et non agressif à notre environnement quotidien qui attend d’être débarrassé de l’idéologie publicitaire. Les associa- tions de quartier, dans ce domaine, pourraient fort bien donner des idées aux mairies.

En fin de compte, il faut environ trois mois pour accepter que son regard se désintoxique de l’actuel affi- chage public et pour se convaincre que le « 50x70 » est finalement une revendication juste et équilibrée.

Du côté des pouvoirs publics

En bonne logique non-violente, le recours à la désobéis- sance civile est un ultime moyen d’action quand les courriers, pétitions et manifestations n’ont été suivis d’au- cun effet. L’un des cinq fondateurs du Collectif des débou- lonneurs a fait une enquête sur ce que l’on peut appeler le mépris de l’actuelle majorité parlementaire concernant l’affichage publicitaire et l’atteinte au cadre de vie (voir encadré page 25).

À quoi sert le BVP ?

Quand des citoyens rencontrent ou écrivent à des élus ou des publicitaires pour se plaindre de méfaits occasignés par la publicité, il est fréquent que ceux-ci leur répondent qu’ils n’ont rien à craindre car le Bureau de vérification de la publicité (BVP) veille à ce que la loi soit observée pour qu’il n’y ait ni panneau publicitaire illégal, ni sexisme, ni atteinte aux libertés... dans la publicité. Le citoyen non averti se retrouve alors parfois rassuré, pen- sant naïvement que le BVP agit comme le fait le CSA au sujet de la télévision. Il n’en est rien.

Thomas Guéret, président de l’associationRésistance à l’agression publicitaire (RAP11), l’écrit fort bien12 : « Le Bureau de vérification de la publicité, “asso- ciation des professionnels pour une publicité responsable”, est, comme son nom complet l’indique, une asso- ciation regroupant des agences publicitaires, des annonceurs et des “supports” (chaînes de télévision, presse, afficheurs, etc.). Il s’agit d’un organisme de droit privé créé par et pour ceux qui ont des intérêts dans la publicité. On peut ainsi lire, sur la page “adhérer au BVP” du site www.bvp.org, la phrase suivante : “Le BVP est au service des professionnels — annonceurs, agences, supports — et de la publicité.” Un organisme de vérification de la publicité formé par ceux-là mêmes qui sont les auteurs de ce qui doit être évalué est donc forcément juge et partie. Le BVP est par conséquent pour nous totalement illégiti- me dans les fonctions qu’il prétend assumer.

La preuve de son illégitimité est donnée par son fonctionnement même. L’activité du BVP repose sur le postulat de l’autodiscipline des acteurs du milieu. Toujours sur la même page internet du BVP, on peut lire : “Adhérer au BVP, c’est s’engager volontairement à jouer la carte de l’autodiscipline.” Son but est donc d’éviter à tout prix l’adoption de nouveaux textes législatifs, qui, selon lui, entraveraient la créativité publicitaire ! [...] En outre, contrairement à ce que son nom laisse croire et au rôle qui lui est confié par le CSA, le BVP n’a aucun pouvoir contraignant. Il n’émet que des avis consultatifs sur les campagnes, en cours, ou déjà diffusées ! En effet, seuls les spots publicitaires télévisuels doivent être soumis systématiquement au BVP avant diffusion. Concernant l’affichage dans l’espace public par exemple, la sacro- sainte liberté d’expression publicitaire est totale. »

Parce que les déboulonneurs n’avaient rien à attendre ni du législateur ni du BVP, ils se sont donc lancés fin novembre 2005 dans l’action de désobéissance civile que l’on sait. Et ceci vient à point nommé, car « la cote d’amour de la publicité a nettement chuté en trois ans, selon une enquête TNS Sofres/Stratégies. Traditionnel- lement publiphiles, les jeunes et les 25-34 ans n’échap- pent pas au mouvement 13 ». Ceci, comme les chiffres qui suivent, est tiré de Stratégies, la revue des professionnels de la publicité. Pourquoi les médias en ont-ils si peu parlé ? 

Si la réponse ne vous vient pas, il est urgent que vous vous posiez la question de la liberté de la presse.

François Kermoal, directeur de la rédaction deStratégies, écrit dans l’éditorial du numéro où est paru ce sondage : « Annonceurs frileux ou pressurisés et publici- taires sans enthousiasme, tout le monde a sa part de res- ponsabilité. [...] Les grandes marques manquent de conviction et n’ont plus rien à nous dire. La bonne publi- cité est la seule à pouvoir les guérir. » Rappelons que le magazine Stratégies n’est pas une publication destinée au grand public, mais s’adresse aux professionnels du monde publicitaire. Si François Kermoal cherche à ren- contrer des personnes « de conviction, ayant quelque chose de nouveau à dire aux publicitaires », il pourrait prendre contact, par exemple, avec la Coordination natio- nale du Collectif des déboulonneurs. Parions qu’il lui serait proposé d’échanger au sujet du 50x70 cm...

D’où vient le Collectif des déboulonneurs ?

Ce collectif est en lien avec un site de la Toile, sur lequel chacun peut imprimer l’« argumentaire » intitulé « Invasion publicitaire, désobéissons ! ». Le numéro 137 d’ANV l’a reproduit presque entièrement. Cet argumentai- re a été conçu par cinq personnes durant plus d’un an.

Qui sont ces cinq personnes ? Elles déclinent leur identité en dernière page : Alex Baret, Yvan Gradis, François Jourde, David Sterboul et François Vaillant.

Aucun d’eux ne cède ou ne cédera à la tentation du vedettariat, qu’on se le dise ! Pour mieux comprendre leur intention, il faut remonter au moins aux années 2000-2003. L’invasion publicitaire galopait déjà à cette époque. Avant qu’elle ne prenne les formes honteuses que nous lui connaissons actuellement — écrans « plas- ma » dans certains bureaux de poste, obstacles urbains (sucettes JCDecaux), sur les quais de certaines gares SNCF où pourtant il y a déjà peu de place pour circuler... —, des individus s’insurgeaient déjà un peu partout en France, par le biais de certaines associations, comme l’UFC Que Choisir, RAP (Résistance à l’agression publicitaire), Chiche !, et bien d’autres.

C’est donc à cette époque-là que deux événements, fort différents l’un de l’autre, se sont produits. Le premier fut l’initiative d’un citoyen, dont le nom figure parmi les cinq fondateurs du Collectif des déboulonneurs. Littéralement écœuré par l’envahissement de l’es- pace public par les panneaux publicitaires, et passionné par la non-violence et la désobéissance civile, ce citoyen a commencé à barbouiller, avec une poignée de com- pères, plusieurs panneaux publicitaires, tout en invitant des amis à venir assister au spectacle. La presse écrite et audiovisuelle s’est alors passionnée pour ces actions de barbouillage qui se terminaient souvent par des arresta- tions et séjours au commissariat. Mais ni le Parquet ni les afficheurs n’ont porté plainte.

D’innombrables journaux, de Libération àTélérama, des radios et des chaînes de télévision se sont alors faits le relais de la publiphobie, lançant plus ou moins un débat sur les méfaits de la publicité.

Le deuxième événement a eu lieu dans le métro parisien, à l’automne-hiver 2003-2004, lancé grâce à des appels sur la Toile. Des centaines de jeunes et moins jeunes se sont retrouvés, trois soirs durant, avec des marqueurs et ont dessiné des graffitis pleins d’humour sur plu- sieurs centaines d’affiches. Un procès a eu lieu en mars 2004, avec des amendes à payer. Les cinq fondateurs du futur Collectif des déboulonneurs ont eu des attitudes dif- férentes lors de ces actions dans le métro parisien.

Forts de ces deux expériences, ils se sont retrouvés régulièrement pour cogiter et élaborer ce qu’il est main- tenant convenu d’appeler une action sans retour. ■

François VAILLANT*

*Philosophe. Auteur notamment de La non-violence. Essai de morale fondamentale, Paris, Le Cerf, 1990.

1) 26 novembre 2005.

2) 28 novembre 2005.

3) 1er novembre 2005.

4) 1er novembre 2005.

5) 28 novembre 2005.

6) Lire l’argumentaire « Invasion publicitaire, désobéissons ! » , dont de larges extraits ont été publiée dans ANV n° 137.
Cet argumentaire peut être imprimé gratuitement en allant le chercher sur le site www.deboulonneurs.org . Des fiches pratiques, liées à cet argumentaire, sont également disponibles. Elles sont au nombre de quatre : « Comment créer un collectif local », « Presse », « Justice », « Bibliographie ». L’argumentaire et les quatre fiches sont essentielles pour approfondir l’objectif des déboulonneurs, leur logique de l’action non-violente, pour bénéficier de conseils quand on se retrouve au poste de police ou devant un juge. Les quatre fiches peuvent s’obtenir, contre 3 euros ( timbres acceptés),

en écrivant à Coordination nationale du Collectif des déboulonneurs, 24 rue Louis Blanc, 75010 Paris.

7) Cf. Jean-Marie MULLER, Dictionnaire de la non-violence, Gordes, Le Relié, 2005, p. 102.

8) Le film Gandhi de Richard Attenborough, 1982, 180 minutes peut être commandé en vidéo (26,50 ¤ + port) au magazineNon-Violence actualité : nonviolence.actualité@wanadoo.fr

9) Extrait du Publiphobe n° 88.

10) Cf. Le Courrier de Genève, 28 septembre 2005. La Suisse est moins envahie que la France par l’affichage commercial, mais les antipub veillent ! Ils veillent si bien, que les publicitaires qui sévissent là-bas ont créé une « Alliance contre les interdictions de publicité » ! Cette Alliance réunit « des entreprises et des associations qui s’engagent contre le démantèlement de la liberté de communication. Partie intégrante de la liberté de commerce et d’exercices professionnels, la publicité constitue l’un des fondements de la libre économie de marché. »

11) RAP, 53, rue Jean-Moulin, 94300 Vincennes. 12) Lettre du 3 novembre 2005, à des amis.
13) Stratégies n° 1390, du 17 novembre 2005, p. 8.

14) Méthodogie du sondage : il a été « réalisé les 26 et 27 octobre 2005 par TNS auprès d’un échantillon national de 1 000 personnes représentatif de l’ensemble de la population âgée de 18 ans et plus. Les personnes ont été interrogées en face-à-face selon la méthode des quotas et stratification par région et par catégorie d’agglomération. »Stratégies n° 1390, du 17 novembre 2005.

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Désobéissance civique ou civile ?

« Désobéissance civique » résonne joliment, renvoyant au terme « citoyen », mais cette expression est-elle pour autant préférable à « désobéissance civile » ?

Toutes deux signifient qu’il y a désobéissance à une loi estimée injuste par le transgresseur — un délinquant d’après la loi. Aucune loi d’un État n’est éternelle, et il est du devoir du citoyen d’intervenir auprès du législateur, directement ou indirectement, selon les cas, chaque fois qu’une loi est jugée injuste. Tout ce qui légal n’est pas forcément légitime, car « ce n’est pas la loi qui doit dire ce qui est juste, mais ce qui est juste qui doit dicter la loi 7 ».

La « désobéissance civique » et la « désobéis- sance civile » ont en commun le caractère citoyen d’une action engagée : ce sont chaque fois des citoyens 

qui, face à une loi qu’ils désapprouvent, incitent d’autres citoyens à les suivre dans leur refus, tout en assumant cette désobéissance. Mais il y a quelque chose de plus dans la « désobéissance civile » ! « Civile » et « civique » ont la même racine latine qui renvoie à la cité, au citoyen, mais le terme « civile » ajoute une notion que « civique » n’apporte pas : la civilité ! On peut agir en tant que déso- béissant civique sans aucune civilité ! C’est par exemple le cas des commandos anti-IVG aux États-Unis !

« Un acte de désobéissance civile est un acte public, non-violent, décidé en conscience mais politique, contraire à la loi et accompli le plus souvent pour amener un changement dans la loi ou bien dans la politique du gouvernement. » John RAWLS, Théorie de la justice, Seuil, 1987, p. 405.

En parlant dans ses textes de « désobéissance civile », le Collectif des déboulonneurs entend bien signifier que le barbouillage et l’animation de rue se déroulent avec civilité. Concrètement, sur le terrain, cela veut dire que les passants et les voitures ne sont pas bloqués mais peuvent continuer à circuler, qu’il n’y a pas d’outrage à agents de police, parce que la cour- toisie prime tout le reste, y compris si un jour un bar- bouilleur se fait plaquer au sol puis menotter.

Parce que la civilité est un attribut de la dyna- mique non-violente, les déboulonneurs ont choisi de parler de « désobéissance civile », sans aucune envie de polémiquer avec ceux qui en France parlent de « déso- béissance civique ». Si, par ailleurs, les déboulonneurs emploient l’expression « désobéissance civile », c’est aussi pour inscrire leur combat dans celui de la longue et belle tradition de « désobéissance civile » qui a com- mencé avec Gandhi et qui n’est pas près de s’arrêter.

 

Synthèse du dialogue entre les parlementaires et le ministère de l’Écologie et du Développement durable, 12e législature

• Entre le 25 novembre 2002 et le 21 juillet 2003, les députés ont posé au ministère de l’environnement 35 questions écrites à propos de l’affichage publicitai-re. La même réponse a été publiée 8 fois au Journal officiel entre le 7 avril 2003 et le 1er décembre 2003.

Réponse publiée au JO le : 07/04/2003 page : 2713 Réponse publiée au JO le : 28/04/2003 page : 3331 Réponse publiée au JO le : 05/05/2003 page : 3488 Réponse publiée au JO le : 19/05/2003 page : 3883 Réponse publiée au JO le : 02/06/2003 page : 4265 Réponse publiée au JO le : 28/07/2003 page : 6042 Réponse publiée au JO le : 15/09/2003 page : 7125 Réponse publiée au JO le : 01/12/2003 page : 9192

Texte de la réponse : La ministre de l’Écologie et du Développement durable a pris connaissance, avec intérêt, des questions concernant l’application de la réglementation de la publicité extérieure. Malgré la vigilance des services de l’État et des maires chargés, sous l’égide du préfet, de faire respecter la réglementation, de nombreux abus peuvent en effet être consta- tés, que ce soit aux entrées de ville ou sous forme d’affichage sauvage. Or, les textes, s’ils étaient correcte- ment et spontanément appliqués par les afficheurs eux-mêmes, permettraient de résoudre l’essentiel des problèmes et de protéger le cadre de vie des pollutions visuelles. Toutefois, dans le souci d’une plus grande efficacité dans la mise en œuvre de la réglementation et donc d’une meilleure protection du cadre de vie, la ministre estime devoir engager une réflexion approfon- die portant aussi bien sur l’évolution des textes dans un sens plus protecteur que sur les conditions de leur mise en application, pour laquelle une simplification des règles devra être recherchée. Un processus de concertation va ainsi être engagé, au cours duquel les différents acteurs concernés — élus locaux, associations et professionnels — seront associés.

C’est donc la seule réponse de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de l’Écologie et du Développement durable du 6 mai 2002 au 30 mars 2004, concernant la délinquance publicitaire régulière- ment signalée par les parlementaires, faisant souvent référence aux faits établis, souvent en justice, par l’as- sociation Paysages de France, agréée par le ministère.

• Entre le 17 novembre 2003 et le 26 juillet 2005, les députés ont posé au ministère de l’Environnement 9 questions écrites à propos de l’affichage publicitaire. La même réponse, à quelques mots près, a été publiée 3 fois au JO entre le 30 août 2005 et le 18 octobre 2005, exception faite de la question publiée au JO du 22 mars 2005, dont la réponse est publiée au JO le 30 août 2005.

M. Serge Lepeltier, ministre du 30 mars 2004 au 31 mai 2005, n’aura donc même pas pris la peine de répondre, dans l’exercice de ses fonctions, ni aux ques- tions laissées en plan par Mme Roselyne Bachelot- Narquin, ni à celles posées pendant son mandat. Mme Nelly Olin, ministre depuis le 2 juin 2005, s’acquit- te enfin de ce devoir pour son ministère, de façon lapi- daire, en glissant au passage dans sa réponse du 30 août 2005 un mensonge : la concertation approfon- die est peut-être en cours avec les professionnels délinquants et les élus, mais certainement pas avec les associations. D’ailleurs, le 18 octobre 2005, réapparaît la réponse antérieure, dans laquelle le futur est de nou- veau employé pour évoquer cette concertation.

Extrait d’une enquête de François JOURDE

 


Article écrit par .

Article paru dans le numéro 138 d’Alternatives non-violentes.