Amour À Mort, la force de sept femmes en reconstruction

Amour À Mort est le reflet d'un mal trop souvent tenu secret, relaté par sept femmes victimes de violences conjugales. Sept survivantes incarnant par leurs témoignages et leur force de vie ce qu’on appelle la résilience. Ce nouveau documentaire d'Eric Guéret est un appel à se mobiliser individuellement et collectivement face au fléau des violences faites aux femmes qui ne sont pas une fatalité mais résultent bien de choix politiques. Amour À Mort est à visionner ce mercredi 24 novembre à 22h45 sur France 2.

C’est sur un mur délabré aux couleurs pastel que sont gravées les lettres formant le titre du nouveau documentaire du réalisateur Eric Guéret. Amour À Mort est un plongeon en apnée dans l’histoire sidérante de sept femmes victimes de violences conjugales. Sept survivantes incarnant par leur témoignage et leur force de vie ce qu’on appelle la résilience. Anne. Florence. Agathe. Aude. Christelle. Géraldine. Latifa. Assises sur une chaise, elles déroulent leur histoire d’un calme contrastant avec la description glaçante des calvaires qu’elles ont subi. Tout au long du film, nous sommes scotché·es dans nos sièges, en tête à tête avec ces femmes, hypnotisé·es par leur force, recueillant leur douleur, le cœur soulevé par l’injustice et l’absurdité de la violence qu’elles ont enduré, jusqu’à devenir des miraculées. Nous comprenons peu à peu avec effroi, que toutes ne sont pas hors de danger.
 

 

De classes sociales et d’origines différentes, elles sont unies pour avoir vécu l’enfer suivant un même schéma d’emprisonnement de leur corps et de leur esprit, instauré au fur et à mesure par un prince charmant devenu agresseur. Leurs témoignages résonnent, tirant le fil de l’instauration des mécanismes d’emprises psychologiques et physiques dans l’intimité du couple, qu’on retrouve dans les différentes étapes de ce processus décrit par l’association #NousToutes : l’isolement de la victime, sa dévalorisation, l’inversion de la culpabilité, l’instauration de la peur, et la façon qu’ont les agresseurs d’assurer leur impunité.

A la violence de leur conjoint succède la violence institutionnelle. Unanimement, elles dénoncent l’inadaptation des institutions à les aider, par des refus de plaintes, la minimisation de leur parole, des violences subies, l’incapacité de la justice à les protéger, ainsi que leurs enfants, en laissant parfois les agresseurs vivre à proximité de leurs victimes. C’est notamment pour dénoncer les dysfonctionnements de la police et de la justice dans le traitement des violences, et pour exiger des moyens pour la mise en place de mesures structurelles d’envergure afin de protéger les enfants victimes et co-victimes de violences, que plus de 50 000 personnes ont défilé partout en France ce samedi 20 novembre 2021.

Les violences faites aux femmes, qu’elles soient physiques, psychologiques, administratives ou financières, trouvent leurs origines dans la structure patriarcale de nos sociétés, construite sur des rapports de domination et d’inégalités homme - femme. Elles résultent de choix politiques et ne sont pas une fatalité. Le travail d’associations de la société civile comme Solidarité Femmes ou #NousToutes, qui œuvrent à faire changer ce système à la racine, doit être soutenu et amplifié pour qu’enfin des politiques publiques d’aide aux femmes violentées et violées, des plans d’éducation, de prévention et de formation de grande ampleur soient mis en place pour fournir une aide d’urgence aux femmes en situation de détresse au quotidien, et faire changer les mentalités dans le long terme. 

 

Chaque année, en France, près de deux cent vingt mille femmes subissent des violences conjugales. Une femme en décède tous les trois jours. Des enfants sont marqué·es à vie par la violence et l’horreur qu’ils et elles subissent en tant que victime et/ou témoin. ‘Ce film s’adresse aux femmes victimes de violences conjugales, mais aussi aux décideur·es politiques, parce qu’il y a des solutions à mettre en place pour éradiquer ces violences’ a déclaré Eric Guéret lors de l’avant-première du documentaire, ce mardi 23 novembre au cinéma L’Arlequin à Paris, en présence des protagonistes. ‘Si mon film peut aider ne serait-ce qu’une seule femme, alors j’aurai rempli ma mission’ termine-t-il.

 

 

 

Amour À Mort est à visionner ce mercredi 24 novembre à 22h45 sur France 2. Il est une énième sonnette d’alarme sur un fléau sociétal dont toutes les femmes peuvent devenir victimes. Il est un appel à se mobiliser individuellement, à ouvrir nos cœurs pour entendre les appels à l’aide de femmes en détresse, si discrets soient-ils, que ce soit au travail ou dans un dîner de famille, et collectivement, pour exiger une action politique à la hauteur. Ce film vient renforcer le panel d’outils existants pour trouver des voies de sortie de l’horreur d’un huis-clos violent, et de prévention des violences, avec les œuvres d’autrices comme Liv Strœmquist, Eva Illiouz, ou Victoire Tuaillon qui décortiquent les relations de domination au sein des couples. “Non. Il ne va pas changer. La seule chose à faire, c’est fuir et s’entraider entre soeurs” avertit Anne à la fin du documentaire. Les colleuses féministes, elles, l’écrivent sur les murs : “On ne frappe pas par amour”. Loin des clichés répandus dans la société, la possession et la domination d’un homme sur une femme sont des violences, pas des preuves d’amour. Ecouter les femmes, être aux aguets, ensemble, est une nécessité pour faire cesser les violences, en gardant en tête les mots salvateurs martelés par #NousToutes, à prononcer à toute femme osant briser le mur du silence : Nous vous croyons. Vous n’y êtes pour rien. Vous n’êtes pas seules.


 

Contacts utiles :

3919, violences femmes info

https://www.solidaritefemmes.org/

avocats-femmes-violences.org/fr/ - 0820203428

https://www.noustoutes.org/

 

Article écrit par Pauline Boyer