Pour prévenir la violence et les difficultés des jeunes dans la vie scolaire, sociale et familiale, entretien avec Bernard LEMETTRE

Auteurs

Christine Laouénan et Bernard Lemettre

Année de publication

2014

Cet article est paru dans

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Engagée depuis 1999 dans le thème de la violence, l’Association pour la vie dispose d’outils de prévention destinés à toucher des publics variés, jeunes et moins jeunes. Rencontre avec son président, Bernard Lemettre.

Engagée depuis 1999 dans le thème de la violence, l’Association pour la vie dispose d’outils de prévention destinés à toucher des publics variés, jeunes et moins jeunes. Rencontre avec son président, Bernard Lemettre.

ANV : « Quitte ta violence pour te battre » est le message-clé de l’Association pour la vie. Qu’entendez- vous par là ?

Bernard Lemettre : On pense toujours que le violent c’est l’autre, alors que notre pire ennemi c’est nous-mêmes. Il est donc essentiel que chacun puisse regarder sa propre violence pour modifier au quotidien ses com- portements, élaborer une parole qui libère de la peur de l’autre et de l’enfermement sur soi.

Nous devons nous battre avec les armes de la paix : en réfléchissant sur nos pulsions destructrices, nous pouvons espérer les dominer, voire les transformer en énergie positive. C’est ainsi que nous pourrons mieux vivre ensemble ; se battre contre la violence par d’autres moyens que la violence.

L’Association pour la vie ne prétend pas faire disparaître la violence. Elle propose plutôt que les énergies humaines, personnelles et collectives, se rencontrent pour inventer une autre façon de vivre. Depuis 1999, nous menons des campagnes de prévention de la violence et des difficultés des jeunes dans leur vie quotidienne (scolaire, sociale et familiale).

Nous intervenons auprès des jeunes et des moins jeunes pour les aider à exprimer leurs peurs et leurs interrogations sur la violence.

ANV : Quels sont les outils de prévention dont vous disposez pour mener à bien votre projet ?

B. L. : Une exposition de photos, « Quitte ta violence pour te battre », circule en milieu scolaire, en réparation pénale, dans les centres de détention, les maisons de quartiers, les centres sociaux, les associations, etc.

Le public découvre les portraits de personnes qui, ayant vécu ou côtoyé la violence de près, acceptent d’apporter leurs témoignages. Ils parlent de déportation, de viol, de maltraitance, de racket, de vol à l’arraché, de prostitution... Les animateurs de l’association engagent ensuite le débat avec des petits groupes à partir des témoignages qu’ils ont choisis. La parole permet ainsi d’échanger des points de vue, de briser les idées reçues et de prendre du recul face à la violence.

ANV : L’association publie-t-elle des ouvrages ?

B. L. : Les adultes qui travaillent auprès des jeunes (enseignants, éducateurs, travailleurs sociaux...) reçoivent un document pédagogique « À fond la vie ! Pour en finir avec la violence... ». Conçu comme un magazine, il apporte des informations précises sur toutes les formes de violence, tente de briser les idées reçues sur certains thèmes délicats (délinquance, maltraitance...) et met en lumière des initiatives concrètes pour transformer la vio- lence en énergie créatrice : la médiation, le théâtre, les défis sportifs...

Les photos de l’exposition, assorties de leurs témoignages, sont rassemblées dans un beau recueil :Quitte ta violence pour te battre. Des informations sont également apportées, afin de permettre au lecteur d’approfondir sa réflexion sur les thèmes qui ont été abordés. Les panneaux sont, au fil du temps, enrichis d’autres portraits, d’autres messages. À la fin de chaque séance, les animateurs offrent aux jeunes une bande dessinée, No limites, du créateur Dib.

Ces animations peuvent également rentrer dans le cadre de semaines de prévention organisées par différents partenaires : conseils généraux, mairies...

L’ouvrage : En deux mots : prévenir et construire, doit permettre au lecteur, adolescent ou adulte, de mieux comprendre les turbulences de l’adolescence pour l’appréhender avec davantage de sérénité. Nous avons publié également un recueil de témoignages et de photos intitulé La parole aux ados. Cet ouvrage est le fruit de plusieurs mois de collaboration avec des collégiens et des lycéens, soit plus d’une centaine d’élèves.

Le jeu de l’oie « No limits » permet, tout en jouant, d’intégrer des notions sur la violence. C’est éga- lement un très bon outil d’évaluation qui reprend avec les jeunes certaines questions ayant été abordées dans l’exposition de photos et dans la bande dessinée.

L’association prépare actuellement un ouvrage sur « Relations entre adultes (parents, professionnels) et adolescents - une quête de sens ».

Entretien réalisé par Christine LAOUÉNAN

Entretien avec Bernard LEMETTRE.

Association pour la vie

24, rue Aristide-Briand — BP 90026 59392 Wattrelos cedex
Tél : 03 20 66 07 29
Courriel : pour-la-vie@wanadoo.fr Internet : www.associationpourlavie.org

Après le lycée, on suit des cours de hip-hop

On adore le rythme de la danse, le mouve- ment de la musique. En plus, on danse dans une ambiance joyeuse et solidaire. Le hip-hop permet de nous débarrasser du stress de la journée. En dan- sant, on donne une autre image de nous-mêmes. On se sent mieux dans notre corps.

On prépare régulièrement des spectacles qu’on présente dans la région. Ce sont des saynètes que nous avons inventées. L’une d’entre elles, appe- lée « Scènes de la vie quotidienne », raconte l’histoi- re d’une Maghrébine qui veut sortir en cachette de sa famille. Son frère la retrouve et s’énerve mécham- ment contre elle. On a également mis en danse « Alice au pays des merveilles » (Aïcha et Belinda).

Extrait de l’ouvrage « La parole aux ados », édité par l’Association pour la vie, 2005, p. 7

Si on me traite de femmelette

« Quand on veut se battre avec moi, j’essaie de me défendre mais je ne frappe pas. Je me protè- ge en essayant de ne pas prendre les coups. Ensuite, j’essaie de parler à la personne pour qu’elle se calme. Cela m’est égal si on me traite de femmelet- te. Je n’ai jamais été violent. Ce n’est pas dans ma nature » (Samir).

Extrait de l’ouvrage La parole aux ados, édité par l’Association pour la vie, 2005, p. 7.

Pour en savoir plus

Les ouvrages de l’Association pour la vie sont des chefs-d’œuvre à mettre entre toutes les mains. Agréablement présentés et illustrés, ils se révèlent être de précieux outils pour travailler avec des ado- lescents. La liste de ces ouvrages, avec les conditions de leur envoi, est à demander à :

Association pour la vie

BP 90026, 59392 Wattrelos cedex Tél. : 03 20 66 07 29 Courriel : pour-la-vie@wanadoo.fr


Article écrit par Christine Laouénan et Bernard Lemettre.

Article paru dans le numéro 143 d’Alternatives non-violentes.