Auteur

François Vaillant

Localisation

Afghanistan

Année de publication

2014

Cet article est paru dans

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Si nous avions eu des températures voisines de -20° en juillet et août derniers, cela nous aurait-il permis de mieux réaliser que la planète va décidément de plus en plus mal ? Réchauffement climatique avec des pluies incessantes chez nous, températures torrides ailleurs en Europe, rien n’y fait, le maître mot croissance reste sur toutes les lèvres de nos dirigeants politiques, de droite et de gauche ! Ils continuent à nous assener les nombres d’Airbus vendus à l’étranger et de voitures produites en France comme des points de repère déterminants pour la santé de notre pays ! Et les économistes, tant de droite que de gauche, de nous expliquer sans distinguo que c’est grâce à une forte croissance que notre pays peut résoudre tous les problèmes, notamment ceux du chômage et de la pollution !

Pour que la croissance d’un pays augmente, il lui faut donc produire toujours plus de biens consommables et donc que nous achetions toujours plus, même à crédit ! La planète en est définitivement très malade, mais, affirment ces économistes de droite et de gauche, seule l’économie de marché — c’est-à-dire le capitalisme — est à même de rectifier les excès qui aboutissent au réchauffement climatique. Un -20° en juillet et août aurait-il suscité une refonte de leurs analyses ? J’en doute, tant la croissance semble être devenue une divinité païenne, avec son dogme que nul n’a le droit de critiquer.

Face à cette croissance à tout va, les milieux écologistes sont divisés. Les uns prônent un développement durable, les autres la décroissance. Les premiers estiment nécessaire et suffisant la promotion des véhicules électriques, le développement des transports en commun, le recyclage des déchets, une alimentation équilibrée, des produits issus du commerce équitable…, sans que les modes de vie actuels ne soient fondamentalement modifiés.

Les partisans de la décroissance vont plus loin, estimant que ce sont nos modes de vie qu’il faut radicalement changer, en découvrant librement une simplicité volontaire afin d’initier d’autres modes de production et de consommation respectant correctement les écosystèmes, lesquels, disent-ils, permettent en plus des relations humaines plus conviviales. L’une des bêtes noires des décroissants est le gaspillage d’énergie. Pour prendre une image, est-il bon pour les économies d’énergie que, régulièrement, dans le tunnel du Mont Blanc, un camion français chargé de bouteilles d’eau Badoit croise un camion italien chargé de bouteilles d’eau San Pellegrino ? Cet échange de bouteilles d’eau entre la France et l’Italie est-il indispensable ? Et que dire des voyages par avion aux antipodes pour satisfaire quelques touristes ? Etc. Il ne s’agit pas seulement pour les décroissants de lutter contre les centrales nucléaires comme le font aussi la majorité des partisans du développement durable, mais bien de revoir de fond en comble les déplacements des biens et des personnes si l’on veut que la planète ne soit pas saccagée. S’il est encore possible d’arrêter le camion fou qui va tout droit dans le mur, mais qu’en sera-t-il demain, insistent les décroissants ?

À vrai dire, les thèses de la décroissance se taillent depuis quelques années un succès croissant au sein des milieux écologistes. Ils plaident pour une rupture totale avec la société de consommation. Ces thèses sont-elles fondées ? Chacun peut les lire notamment dans les publications S!lence, La Décroissance, Le Journal de la joie de vivre, et L’Écologie. Serge Latouche (philosophe et économiste) et Paul Ariès (politologue) comptent parmi les auteurs incontournables de cette fameuse décroissance. Si bien que les grands médias (Le Monde, Libération, La Croix, Politis, Alternatives économiques…) ont été contraints en 2006-2007 d’entamer des débats forts intéressants sur les thèses de la décroissance, lesquelles diffèrent tant de celles du développement durable.

La croissance, le développement durable et la décroissance sont mis en discussion dans ce dossier d’ANV. La parole est essentiellement donnée aux thèses de la décroissance, tant celles-ci rejoignent fortement certaines des préoccupations de la non-violence politique.


Article écrit par François Vaillant.

Article paru dans le numéro 144 d’Alternatives non-violentes.