Auteur

François Vaillant

Localisation

Afghanistan

Année de publication

2008

Cet article est paru dans

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Notre société devient-elle celle de l’écran ? Certaines habitations en sont truffées à tous les étages : télévision(s), ordinateur(s), téléphone(s) portable(s), console(s) de jeu… Sommes-nous conscients du pouvoir de cette image partout scintillante et animée ? À quoi et à qui ces écrans font-ils écran ?

Alors que l’écrit suggère et nuance sans contrainte, l’image sur un écran s’impose de force, sans discussion. Avec la lecture, nous permettons à notre imaginaire de construire et reconstruire des représentations personnelles, à notre vitesse. Avec les images de nos écrans, notre imaginaire est contraint de se laisser marquer par des représentations, sans disposer du recul nécessaire pour les évaluer sereinement. C’est bien pourquoi la boulimie d’images fait succomber nombre d’accrocs de la télévision et de la console de jeu à manquer de discernement, jusque dans les choix à faire dans la vie courante. Le spectacle de la violence devient alors banalisé, au risque de conduire à des comportements violents des personnes fragiles, souvent devenues fragiles à cause de leurs heures devant leurs propres écrans.

Ce numéro d’ANV ne fait pas le procès de l’image. Toutes les civilisations en ont produit. Nous avons besoin de l’image pour exprimer notre imaginaire, notre sensibilité, notre culture, comme notre cohésion sociale et politique. Mais que dire et que faire, quand la dépendance aux images, parfois violentes, de la télévision ou du jeu vidéo, risque de supprimer la liberté de jugement chez chacun ? La seule issue est dans le débat. Échanger de visu, c’est communiquer, c’est faire droit au recul que l’image de l’écran n’accorde pas au discernement de la raison. Toujours est-il que la télévision a maintenant la caractéristique de pouvoir être la compagne inséparable de toute vie humaine. Souvent là dès l’âge du biberon, elle est encore présente à la maison de retraite !

Nos écrans sont truffés d’annonces publicitaires. Le terme « cible » est employé par les annonceurs. Il provient du langage militaire. Si « cibles » il y a, victimes il y a, victimes il y aura ! La publicité télévisuelle qui cible les enfants provoque des dégâts insoupçonnés. Elle nuit à la santé et à l’éducation. Aussi, on ne peut que se réjouir de la campagne d’action non-violente que lance le Man cet automne, pour que toute publicité destinée aux enfants soit, sur toutes les chaînes, purement et simplement interdite, comme c’est déjà le cas en Suède. Ce numéro d’ANV rend compte également de tout cela.

J’ai rencontré cet été un garçon de 18 ans qui critiquait ses parents de l’avoir laissé les années passées devant la télévision et une console de jeu, au lieu de lui avoir appris à faire la cuisine, du bricolage et du jardinage… Comme quoi il n’y a pas que les écrans dans la vie !


Article écrit par François Vaillant.

Article paru dans le numéro 148 d’Alternatives non-violentes.