La guerre est morte

La guerre envahit l’actualité et pourtant, elle est morte. Morte comme solution, morte comme instrument politique, morte comme promesse de sécurité. Elle subsiste certes dans les imaginaires nationaux et dans les doctrines stratégiques, mais elle ne parvient plus à accomplir ce qu’elle promet. Loin de clore les conflits, elle en prolonge les dynamiques et en approfondit les fractures. Elle installe des instabilités durables, tout en exposant prioritairement les populations civiles qui paient le prix le plus lourd à la folie des hommes et des États.
Si elle se maintient encore, c’est en raison de la puissance des récits qui la rendent pensable. Ces représentations, sans cesse alimentées par une propagande savamment distillée, façonnent les perceptions et orientent les décisions politiques : fabrication de l’ennemi, simplification morale des conflits, technicisation du langage militaire, effacement des corps derrière les abstractions stratégiques. À cela s’ajoutent les intérêts industriels, économiques et géopolitiques qui nourrissent un imaginaire sécuritaire où la guerre finit par apparaître comme inévitable.
Il nous faut aujourd’hui disqualifier la guerre sans ambiguïté et rouvrir l’horizon qu’elle a confisqué. Car la véritable force ne réside pas dans la capacité à détruire, mais dans celle de résister collectivement sans reproduire les logiques de violence de l’adversaire. Il devient désormais nécessaire de penser une autre conception de la sécurité fondée sur la puissance des sociétés elles-mêmes, leur cohésion, leur capacité de résistance, leur organisation démocratique, leur résilience institutionnelle et leur aptitude à opposer à la domination des forces de défense civiles, sociales et politiques non armées.
La guerre, vestige meurtrier d’un monde qui s’effondre, appartient au passé. L’avenir est à la sécurité humaine et démocratique.