François Vaillant est ancien rédacteur en chef d’ANV
La société étatsunienne est loin d’être apathique face à la politique intérieure et extérieure menée par Donald Trump. La rue parle de plus en plus pour la désavouer et la combattre par des manifestations typiquement non-violentes.
Les Grecs de l’Antiquité nommaient « hubris » la maladie qui se caractérise par un hypernarcissisme, une absence d’empathie, une confiance en soi illimitée, le tout panaché d’une impulsivité et d’une imprévisibilité chroniques, au point que le sujet se considère comme la seule personne capable d’arbitrer la réalité. Les Grecs alertaient déjà sur le fait que l’hubris pouvait être contagieuse et dégénérer en hubris collectif capable de faire sauter les verrous censés protéger la démocratie.
Pour le gang du bureau ovale, il s’agit de soumettre par la peur en utilisant si besoin la force armée. On a vu ce procédé à l’œuvre au Venezuela, puis au Proche et au Moyen-Orient. Trump n’est pas fou, il cherche surtout à mettre dans le giron de la mouvance Make America Great Again les régions qui possèdent du pétrole en abondance. Peu lui importe l’effondrement climatique causé par les énergies fossiles. N’a-t-il pas déclaré que « le réchauffement climatique est la plus grande arnaque du siècle » ? Comme les ressources pétrolières diminuent drastiquement dans son pays, pourquoi ne pas aller en accaparer là où il y en a encore le plus : au Venezuela, en Iran, mais aussi demain au Canada qu’il dit vouloir annexer, tout comme l’Arctique ! Pour comprendre l’impérialisme de Trump, n’oublions pas que son pays s’est construit au XIXe siècle sur la volonté de conquérir de nouvelles terres à l’ouest, bourrées de ressources minières (or, zinc, charbon, etc.), tout en anéantissant les populations locales indiennes.
L’hubris de Trump le rend dangereux pour une partie de l’électorat républicain qui constate le retour de l’inflation et du chômage, suite aux nouvelles taxes sur les produits importés, au démantèlement des départements de l’éducation et de la santé, ainsi que des agences fédérales en faveur de l’environnement et de la santé, etc., puis avec la guerre contre l’Iran.
La résistance non-violente
C’est son projet de déportation de masse des immigrés illégaux à Minneapolis (Minnesota) qui a mis Trump en grande difficulté, en janvier 2026. La réaction a été immédiate et massive. Quand une voiture de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) s’arrêtait, des citoyens klaxonnaient, prenaient des vidéos et les diffusaient, pendant que d’autres sortaient de leur poche un sifflet pour alerter les voisins. Des voitures arrivaient pour encercler celle de l’ICE. Les citoyens leur criaient : « Qui cherchez-vous et pourquoi ? », sans jamais chercher le contact physique avec les policiers surarmés et aux visages camouflés. Devant l’ampleur de la réprobation nationale et internationale, Trump a dû demander en février à ICE de quitter la ville.
Mais avant et après cet échec de Donald Trump à Minneapolis, une impressionnante vague de résistance non-violente s’est répandue dans les rues. Des manifestations gigantesques se sont déroulées sur l’ensemble du territoire étatsunien, autour du slogan No Kings (Pas de rois !), en mobilisant aussi l’humour comme arme politique !
La première manifestation géante a eu lieu le 14 juin 2025, à l’occasion du 79e anniversaire de Donald Trump ! Elle a compté près de 2 000 rassemblements, avec environ 5 millions de participants. Une deuxième opération d’ampleur s’est déroulée le 18 octobre 2025, avec 2 700 manifestations rassemblant autour de 6 millions de personnes. La troisième mobilisation a eu lieu le 28 mars 2026, avec 3 300 manifestations rassemblant dans le pays autour de 8 millions de personnes, l’une des plus grandes mobilisations de toute l’histoire étatsunienne.
Le No Kings du 28 mars a vu la participation de célébrités telles que Bruce Springsteen, Robert De Niro, Joan Baez, Jane Fonda, ou encore Bernie Sanders, figure emblématique de la gauche étatsunienne. Partout, les manifestants ont défilé en musique avec des pancartes colorées arborant des messages anti-guerre et symboles de paix, derrière d’immenses banderoles « Pas de rois, pas d’ICE, pas de guerre !». Chacun observe désormais avec attention les élections de mi-mandat de novembre qui peuvent recomposer le Congrès dominé par les Républicains. Comme le Congrès est le lieu du pouvoir législatif, son basculement dans le camp démocrate entraverait sérieusement le pouvoir des Républicains, et par ricochet celui de la Maison Blanche.
Que fait Dieu là-dedans ?
Depuis l’installation de Donald Trump à la Maison Blanche, celle-ci diffuse des vidéos où l’on voit le président assis dans le bureau ovale, entouré d’évangélistes, debout, en prière, qui lui imposent les mains. Que tout le monde comprenne bien : Donald Trump est l’instrument du Très-Haut ! Le décryptage des images indique que ces évangélistes-là sont des alliés des suprémacistes juifs qui œuvrent pour que l’État d’Israël s’étende de l’Euphrate à la Méditerranée. Nous savons maintenant que c’est Netanyahou qui a embarqué les États-Unis dans la guerre contre l’Iran, guerre qui ne devait durer que quelques jours ! On connaît la suite, avec l’État d’Israël qui terrorise, tue et démolit en Cisjordanie et au Liban ; et avec les États-Unis qui ont mis le feu au Moyen-Orient.
Là encore, une partie de la société étatsunienne se rebiffe contre Donald Trump et son hubris malfaisant. D’éminents responsables religieux ont donné de la voix contre l’ICE et contre la guerre au Moyen-Orient, notamment l’archevêque de San Antonio, les cardinaux de Chicago et de New-York, 150 évêques épiscopaliens, des responsables luthériens, ainsi que d’influentes institutions jésuites, franciscaines, musulmanes et même juives[1]. La situation semble mal partie pour les Républicains et Donald Trump aux élections de mi-mandat, à moins que celui-ci ne fomente un nouveau stratagème antidémocratique. •
[1]. Source : The Conversation du 1er avril 2026.