« Pour être craint, il faut être puissant. Et pour être puissant dans ce monde si brutal, il faut faire plus vite et faire plus fort. »En tenant ces propos lors de son discours de vœux aux armées, Emmanuel Macron réactive une vision classique de la sécurité fondée sur la peur, l’accumulation de puissance militaire et l’accélération permanente. [Lire ici la suite]

Cette logique, présentée comme du réalisme, repose sur une croyance ancienne : inspirer la crainte garantirait la sécurité. Or vouloir être craint, ce n’est pas vouloir être respecté. La crainte nourrit la défiance, l’escalade et la préparation à l’affrontement militaire. Un monde où chaque puissance cherche à être plus rapide et plus forte que les autres n’est pas un monde plus sûr, mais un monde placé sous tension permanente, exposé à l’erreur, à l’accident et à la catastrophe.

L’histoire en offre une démonstration tragique. En 1914, la peur d’être pris de vitesse conduit les États-majors européens à privilégier l’attaque rapide et massive, rendant la guerre non seulement possible, mais inévitable. Plus près de nous, la dissuasion nucléaire repose sur la menace assumée d’une destruction totale : peut-on sérieusement appeler cela une politique de sécurité ?

En affirmant que « le monde est brutal », ce discours entérine cette brutalité comme un donné indépassable, presque naturel, alors qu’elle est historiquement produite par les rivalités de puissance, les inégalités et les économies militarisées. « Faire plus vite et plus fort » n’est pas une fatalité : c’est un choix politique. La non-violence invite au contraire à penser une autre sécurité, fondée sur la coopération, le droit, la prévention des conflits, la justice sociale et la défense civile non-violente, plutôt que sur la peur et la menace.

Alain Refalo, rédacteur en chef de la revue ANV, auteur de L’alternative non-violente. Plaidoyer pour une radicalité constructiveParis, L’Harmattan, 2025, 256 p., 26 €

NB. Le texte de cette « Actualité » provient d’un article plus long disponible sur le Blog d’Alain Refalo.