Dans cet ouvrage, Léon Tolstoï livre une critique implacable de l’État, de l’Église et des armées qu’il estime être des lieux de la violence institutionnalisée. On y découvre la foi inébranlable de l’écrivain russe en la non-violence. Le titre Le Royaume des cieux est en vous est trompeur, … [Lire ici la suite]

Le titre Le Royaume des cieux est en vous est trompeur. Publié en 1893, Tolstoï y fustige le clergé de l’époque qui ne fait que trahir l’Évangile selon l’écrivain. La préface de 36 pages de ce livre par Alain Refalo est un chef d’œuvre pour aborder cette lecture.

Lire : Léon Tolstoï, Le Royaume des cieux est en vous, préface d’Alain Refalo, Paris, Le passager clandestin, 2025, 222 p., 12 €

Nous trouvons en plus dans cet ouvrage la correspondance entre le jeune Gandhi et le vieux Tolstoï. La dernière lettre de Tolstoï est particulièrement émouvante. Peu avant de mourir, il confie le flambeau de la non-violence à son correspondant.

Il est vrai que Tolstoï n’emploie jamais le terme non-violence qui a été forgé en 1919 par Gandhi. L’écrivain russe, lui, parle de « la non-résistance au mal par la violence. » Comme le rappelle fort utilement Alain Refalo dans sa présentation de l’ouvrage, cette expression ne signifie aucunement d’être indifférent au mal ou de ne pas s’opposer au mal, mais, pour Tolstoï, de lutter par d’autres moyens que ceux de la violence (voir p. 19).

Outre la lecture du Sermon sur la montagne que Tolstoï commente avec pertinence, nous trouvons dans Le Royaume des cieux est en vous des passages toujours d’actualité. Par exemple : « Avec le service militaire obligatoire, tout citoyen devient le soutien de l’ordre des choses actuel et participe à tous les actes de l’État sans en reconnaitre la légitimité. Les États affirment que les armées sont nécessaires partout pour la défense extérieure. Elles sont surtout nécessaires contre les citoyens eux-mêmes, et chaque soldat participe malgré lui aux violences de l’État sur les citoyens. » (p. 101)

Puisque Gandhi a lu en 1894 Le Royaume des cieux est en vous, et y trouva la source de son engagement pour la lutte non-violente, pourquoi pas nous aussi maintenant ?

      François Vaillant

 

NB. Voir également deux anciens n° d’Alternatives Non-Violentes :

N° 153 « Tolstoï, précurseur de la non-violence », avec des articles de Michel Aucouturier, Jean-Marie Muller, Alain Refalo, François Vaillant, etc.

N° 89 « Du nouveau sur Tolstoï », avec des articles du conte Serge Tolstoï, Jean Van Lierde, Jean-Marie Muller, Alain Refalo, etc.