La France dépense actuellement 15 000 euros par minute pour une arme nucléaire inefficace et démobilisatrice. Cet article – passionnant ! –, donne à lire des échos d’Albert Camus et d’autres personnalités qui déjà à leur époque parlaient de la Bombe comme d’une arme de la démesure. [Lire ici la suite]
Dans son éditorial de Combat, le 8 août 1945, deux jours après l’explosion d’Hiroshima, Albert Camus écrivait : « La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. […] Déjà, on ne respirait pas facilement dans un monde torturé. Voici qu’une angoisse nouvelle nous est proposée, qui a toutes les chances d’être définitive. »
Dans son texte L’exil d’Hélène (1948), le même Camus écrivait : « La pensée grecque s’est toujours retranchée sur l’idée de limite. […] Notre Europe, au contraire, lancée à la conquête de la totalité, est fille de la démesure. […] Nous allumons dans un ciel ivre les soleils que nous voulons. […] Un fragment attribué à Héraclite énonce simplement : "Présomption, régression du progrès". […] La démesure, selon lui, est un incendie. L’incendie gagne, Nietzsche est dépassé. […] La nature est toujours là, pourtant. Elle oppose ses ciels calmes et ses raisons à la folie des hommes. Jusqu’à ce que l’atome prenne feu lui aussi et que l’histoire s’achève dans le triomphe de la raison et l’agonie de l’espèce. Mais les Grecs n’ont jamais dit que la limite ne pouvait être franchie. Ils ont dit qu’elle existait et que celui-là était frappé sans merci qui osait la dépasser. Rien dans l’histoire d’aujourd’hui ne peut les contredire. »
Tout, dans l’histoire de l’arme nucléaire, est affaire de folie et de démesure (en grec, hubris) : les crimes de guerre commis à Hiroshima et Nagasaki en 1945 ; l’affirmation de de Gaulle « Pour un pays, il n'y a pas d'indépendance imaginable s'il ne dispose pas d'un armement nucléaire, parce que, s'il n'en a pas, il est forcé de s'en remettre à un autre, qui en a », dont la conséquence logique est que les quelque 190 pays de la planète devraient avoir chacun la bombe atomique pour ne pas dépendre d’un autre ; les 2 000 essais nucléaires effectués par les cinq puissances nucléaires, dont plus de 500 dans l’atmosphère ; l’explosion de la Tsar Bomba soviétique de 50 mégatonnes en octobre 1961, visible à plus de 1 000 km du point d’impact, entraînant une destruction complète dans un rayon de 30 km et dont la chaleur fut ressentie à 300 km ; les mensonges de nos gouvernants sur les conséquences sanitaires des essais nucléaires ; le terrorisme d’État de la France en 1985 pour empêcher le Rainbow Warrior de protester contre ces essais, etc.
La démesure se poursuit aujourd’hui
Emmanuel Macron précise avec fierté, en mars 2026 à l’Île Longue, qu’« un seul de nos sous-marins emporte avec lui une puissance de frappe qui équivaut à la somme de toutes les bombes tombées pendant la Deuxième Guerre mondiale ». L’arsenal mondial, plus de 12 200 armes nucléaires, représente 130 000 à 200 000 Hiroshima. La dépense française pour l’arsenal nucléaire est en 2026 de 15 000 euros par minute, alors que le déficit annuel du pays est de 152 milliards. À Valduc, le supercalculateur TERA-1000 – destiné au programme simulation du CEA qui consiste à reproduire par le calcul les différentes phases de "fonctionnement" d'une arme nucléaire – a une performance de 25 pétaflops, soit 25 × 1015 opérations par seconde ; le supercalculateur est malheureusement incapable de suggérer à ses utilisateurs une réflexion politique et morale sur les finalités de leur travail et de faire appel à leur conscience…
L’arme nucléaire n’est pas crédible car c’est une arme de la démesure. C’est pourquoi la doctrine française de dissuasion nucléaire prévoit « un avertissement unique et non renouvelable » pour « rétablir la dissuasion » à l’efficacité de laquelle ne croient ni nos gouvernants, ni nos adversaires potentiels. Mais une frappe d’avertissement de 7 à 20 foisHiroshima est elle-même dans la démesure et provoquerait très probablement une riposte, une guerre nucléaire et une destruction mutuelle assurée (Mutual Assured Destruction – MAD : fou).
Le 8 août 1945, Albert Camus concluait son éditorial dans Combat par ces mots : « Devant les perspectives terrifiantes qui s’ouvrent à l’humanité, nous percevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d’être mené. Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison ».
Comment les citoyens peuvent-ils soutenir le TIAN ?
• Écrivez à votre Maire, afin que votre commune signe l’Appel des villes d'ICAN (1) pour le désarmement nucléaire, à votre député et sénateur pour que la France adhère au TIAN.
• Lisez le texte Vingt mensonges sur les armes nucléaires, regardez et faites connaître la vidéo « Le début de la fin des armes nucléaires ».
• Consultez les 11 diaporamas de la série « Armes nucléaires ».
• Contribuez au financement (2) de la rencontre franco-britannique le 22 octobre 2026 à
Les vigies (voir la photo en début d’article) menées par le « Collectif Bourgogne Franche Comté pour l’abolition des armes nucléaires » s’inscrivent dans le cadre d' ICAN, (International Campaign to Abolish Nuclear Weapons – Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires) prix Nobel de la paix 2017, et dans la suite des précédentes victoires de l'ONU : interdiction des armes biologiques (1972), des armes chimiques (1993), des mines antipersonnel (1997), et des bombes à sous-munitions (2008).
La prochaine vigie à Moloy aura lieu le jeudi 19 novembre 2026. Pour tout renseignement, écrire à association2018adn@gmail.com
Étienne Godinot, membre du Collectif Bourgogne Franche-Comté pour l'abolition des armes nucléaires et de l’IRNC.
Notes :
1. Signé par 99 villes et 4 collectivités territoriales.
2. Chèque à l’ordre de MIR-France, 68 rue de Babylone - 75007 Paris, avec mention ‘Conférence 22 octobre’ ou virement IBAN : FR74 2004 1010 0705 4456 7U03 873, avec la même mention : Paris sur le thème "Il est urgent d’abolir les armes nucléaires !". Elle sera conclue par l’évêque William Kenney, corédacteur en 2024 du document Called to be Peacemakers.