La surprise est totale ! Dans 13 États, les électeurs étaient aussi invités à voter pour ou contre le projet d’installation de nouveaux centres de données (data centers). Ils ont rejeté leurs installations au Texas, en Géorgie, dans l’Ohio, des États qui devaient voir surgir plus du tiers des centres prévus pour l’ensemble des USA. Cela vient renforcer en France la résistance contre les centres de données [Lire ici la suite].
Pourquoi une telle fronde contre les data centers états-uniens ?
Comme en France, ces mastodontes nécessaires à l’IA sont accusés de nuire à l’environnement en nécessitant des quantités abyssales d’électricité et d’eau, en émettant des nuisances sonores et de ne proposer que des emplois sous-payés. « Selon un sondage de NBC, rapporte La Tribune du 4 novembre, 56 % des électeurs interrogés à la sortie des urnes [des midterms] ont indiqué que les data centers et l’IA avaient joué un rôle dans leur choix pour le Congrès. » Ce qui s’est joué à ces élections de mi-mandat est un terrible revers pour les géants de la tech qui bénéficiaient jusqu’alors de subventions indécentes et de passe-droits de l’administration Trump.
Les votes concernant les projets de data centers n’ont cependant rien d’étonnant. Ceux-ci se sont multipliés aux États-Unis – le pays en compte plus de 4 000, contre 500 en Allemagne et au Royaume-Uni, plus de 300 en France. Ces implantations outre-Atlantique génèrent une opposition grandissante, si bien que le collectif d’associations Data center opposition a recensé à travers les États-Unis au moins 268 groupes locaux opposés à la construction chez eux d’un centre de données, et agissant par des pétitions, des manifestations, des sit-in, etc. Les républicains n’ont rien vu venir !
Le Congrès va-t-il statuer dans les mois à venir pour l’interdiction, la limitation ou un moratoire pour tout nouveau data center ?
Faut-il être contre l’IA ?
L’IA ne bénéficie actuellement d’aucun contrôle international, tout est entre les mains de multinationales dont le seul but est de se faire du pognon.
Distinguons toutefois l’IA analytique (souvent appelée IA classique) de l’IA générative. La première repose sur des règles logiques définies par des humains. Elle se borne à traiter de l’information existante selon des algorithmes fixes et des modèles statistiques définis à l’avance.
Prenons un exemple. Actuellement en France, une personne qui se fait radiographier une hanche bénéficie d’une interprétation signée du radiologue mais d’abord élaborée par l’IA analytique, qui puise ses informations en comparant des milliers d’exemples de hanches préalablement répertoriés par des humains. Le corps médical est unanime à dire que le commentaire apporté par l’IA est ici bien plus fiable que la seule interprétation du radiologue.
C’est le développement de l’IA générative qui pose le plus de problèmes, et qui est principalement visée par les détracteurs de l’IA. L’IA générative vole à tour de bras des textes ou des images sur la Toile. Elle consomme infiniment plus d’électricité que l’IA analytique. Dans les data centers, l’IA générative brasse en quelques secondes des millions de données pour servir sur un plat une réponse à n’importe laquelle de vos questions. À partir de réponses probables à très grande échelle, elle est censée créer du « contenu nouveau » – d’où son nom de générative. Ce contenu est biaisé, du fait de l’exploitation d’opinions dominantes, non exempt d’erreurs et de mensonges. L’IA générative s’avère dangereuse en termes de contrôle et de pilotage des activités humaines, provoquant chômage de masse, désastres environnementaux, surveillance généralisée, guerre automatisée, manipulation et perte de contrôle !
Et que dire du nouveau colonialisme que l’IA générative inflige à des dizaines de millions de petites mains qui, à Madagascar, en Inde et en Afrique, annotent et qualifient les données qui servent à entraîner l’IA ? Sans leur travail exténuant et mal rémunéré par les géants de la tech, l’IA ne fonctionnerait pas.
Mais l’IA générative fascine, c’est rapide, bluffant, et pour le moment encore gratuit, pour mieux rendre dépendants ses utilisateurs qui ne pourront plus s’en passer demain quand il faudra payer !
Résistances en France contre les centres de données (data centers)
Comme pour développer son arsenal nucléaire, les Français ne sont pas concertés sur l’implantation des centres de données. Prenons l’exemple du projet Campus IA qui pourrait voir le jour à Fouju, un village de Seine-et-Marne (77) de 650 habitants. Campus IA est présenté comme le futur plus grand data center d’Europe.
Campus IA a des caractéristiques hors normes en termes de consommation énergétique et d’empreinte carbone. À elle seule, l’infrastructure devrait mobiliser 1,4 gigawatt de puissance électrique, soit à peu près la capacité du réacteur nucléaire de Civaux (Vienne). Le Collectif « Stop Campus IA » demande l’arrêt de ce projet démesuré. Une imposante manifestation s’est déroulée le 26 septembre à Fontainebleau, les participants y chantaient : « Y a canicule, la planète brûle, sauvons les arbres, pas la puissance de calcul. »
Qui a validé le projet de Campus IA ? C’est Emmanuel Macron en personne, lors du sommet sur l’IA en 2025, en précisant qu’il s’agissait d’un investissement de 50 milliards d’euros, soutenu par le fonds émirati MGX, l’entreprise tricolore Mistral AI, la Banque publique d’investissement (BPI) et l’éditeur de logiciels Nvidia. Il faut bien cela pour le plus grand centre de données d’Europe ! Pour imposer ce projet aux populations, comme pour d’autres – voir par exemple celui à Étrechet dans l’Indre (36) – tout se joue sans l’accord des élus locaux, via des dérogations juridiques exceptionnelles que l’État s’octroie.
Une résistance s’organise ici et là contre les centres de données prévus en France. Cette résistance va-t-elle être à l’honneur lors de la campagne présidentielle comme ce fut le cas lors des midterms aux États-Unis ? L’exigence de non-violence ne nous guide-t-elle pas vers un monde qui valorise l’humain plutôt que des machines infernales, l’authenticité plutôt que le standardisé ? Un monde où l’humain ne soit pas menacé d’obsolescence ?
François Vaillant, ex-rédacteur en chef de la revue Alternatives-Non-Violentes.
NB. Photo Food et Water Wactch, libre de droit.