Georges Didier est décédé à Lyon le 16 mars 2024, à l'âge de 78 ans. Sa mort est quasiment passée inaperçue, en tout cas dans les milieux non-violents français, quand bien même il en a été un acteur important dans les années 1970. Si Georges Didier n'avait pas été là, jamais la revue Alternatives non-violentes ne serait née [Lire ici la suite].

Certes, Christian Mellon et moi-même nous nous sommes lancés avec Georges Didier dans cette aventure en 1973, mais c'est lui qui en fut le moteur initial, en particulier parce qu'il avait déjà l'expérience de la gestion du journal Combat non-violent, qu'avait créé, aux Circauds, près de Roanne, en 1971, l'ancien instituteur et ancien objecteur de conscience à la guerre d'Algérie Jean-François Besson. Quand ANV fut fondée, le milieu non-violent français connaissait de sévères débats entre au moins trois grandes tendances : la section française du Mouvement International de la Réconciliation, qu'animait alors le pasteur René Cruse, la Communauté et les Amis de l'Arche de Lanza del Vasto, et la dynamique incarnée par Jean-Marie Muller autour d'un projet de "non-violence politique". Georges, Christian Mellon et moi, nous étions un peu aux carrefours de ces trois tendances, et c'est ce qui a motivé et permis la création d'ANV. Mais Georges était, de nous trois, celui qui avait l'expérience la plus ancienne du « vivier » non-violent français.

Georges était un personnage très discret, très pudique, et il a rarement raconté son histoire. Il a, cependant, été un "défricheur", un pionnier. Après des études de droit, il a été embauché dès 1971 (né en 1946, il avait alors 25 ans) par la section française du Mouvement International de la Réconciliation, au sein duquel il a eu pour mission de faire pénétrer le concept d'écologie qui, à l'époque, était peu connu en France. À ce titre, il a fait partie de la première Conférence alternative sur l'environnement qui s'est tenue en juillet 1972 à Stockholm, en parallèle à la Conférence des Nations Unies qui se tenait au même moment, sur ce thème, dans la capitale suédoise. Il va, ensuite, gérer le journal Combat non-violent dont l'histoire reste à écrire.

Très impliqué dans les luttes de l'époque (Larzac, Malville, etc.), surtout très motivé par les questions écologistes, il s'interroge, en même temps, sur les motivations psychologiques du monde militant, ce qui va le conduire à s'investir de plus en plus dans l'univers de la psychanalyse. Après la création d'Alternatives non violentes, il fonde et dirige, ainsi, la revue Psychanalyse culturelle. Reconnu comme particulièrement doué pour les métiers de la presse, au moins de la presse militante, il est, en 1976-1977, directeur de l'hebdomadaire écologiste La Gueule Ouverte, créé en 1972 par le journaliste de Charlie Hebdo Pierre Fournier.

Peu à peu, Georges délaisse l'action militante et le monde des groupes non-violents et il se tourne délibérément vers la recherche intérieure. Ce sera désormais son métier : psychothérapeute, puis « psychanalyste symbolique ». Mais il ne délaissera jamais sa passion de transmettre et de faire dialoguer les gens à travers la presse. Ainsi crée-t-il, en 1997, le journal Réel, qu'il dirigera pendant dix ans. Un mensuel qui essayait de "marier l'approche du cœur et l'approche analytique, l'analyse du monde tel que la réalité nous le montre et les mondes intérieurs qui le perçoivent".

Les ayant rencontrés à travers le journal Réel, Georges rejoint Agnès Vincent et Pierre Trigano, praticiens jungiens, dans ‘l'École du rêve et des profondeurs’ qu'ils ont créée. Ensemble, ils fondent ‘l'École Psychanalyste Symbolique’ qui formera de nombreux professionnels. Georges se singularise dans cet enseignement par son approche de la fonction paternelle ainsi que par le concept des "constellations archétypales" qu'il a créé. Il sera, également, très engagé dans la rédaction d'une charte éthique pour les professionnels de l'accompagnement (www.charteethique.eu).

Georges avait été marié avec Hélène Nesme. Il avait deux sœurs, dont Thérèse Nandagobalou.

Georges Didier est l'auteur de plusieurs ouvrages parmi lesquels : Fonction paternelle et étapes de croissance (Souffle d’Or), Peur de l’eau (Réel Éditions), Expériences de la non-violence (Jouvence), Constellations symboliques et spirituelles (Réel Éditions), Peter Pan, la dispute (Réel Éditions), avec Pierre Trigano, Premier battement de cœur, pièce (Réel Éditions), Astrologie archétypale (Réel Éditions).

Christian Delorme, co-auteur avec Philippe Martin de Vivre ensemble : le parcours du « curé des Minguettes », Presses universitaires de Lyon, 2025, 278 p., 15 €.