Dans quelques semaines, les électeurs américains sont appelés à renouveler au Congrès l’ensemble des 435 élus de la Chambre des représentants et le tiers des 100 sénateurs. En quoi ces élections du 3 novembre peuvent-elles nous faire espérer un monde plus apaisé ? Si les républicains perdent leur majorité au Congrès, le président Trump ne pourra plus agir à sa guise en politique intérieure comme en politique extérieure [Lire ici la suite].
Quel est le pouvoir de tout président des États-Unis et qu’en sont les limites ?
• Le président ne détient pas le pouvoir de légiférer, celui-ci revient exclusivement au Congrès.
• Le président peut mettre son veto à une loi votée par le Congrès.
• Le président peut utiliser son influence pour encourager les parlementaires de son camp – républicain ou démocrate – à l’adoption par le Congrès des projets de lois conformes à son programme présidentiel.
• Le président peut signer des décrets pour diriger l’administration fédérale, mais ces décrets peuvent être invalidés par la justice s’ils violent la Constitution ou dépassent le cadre fixé par le Congrès.
Bon nombre de décrets présidentiels signés par Trump dans le Bureau ovale – avec une mise en scène faite pour impressionner – ont par la suite été invalidés.
C’est quoi le Congrès ?
Le Congrès est composé de deux instances, la Chambre des représentants et le Sénat. Toute comparaison avec notre Assemblée nationale et notre Sénat est vaine, tant le modèle étatsunien diffère du modèle français.
Au Congrès, chacune des instances (Chambre des représentants ou Sénat) peut voter un texte législatif mais, pour qu’il soit adopté, il faut qu’il soit également voté par l’autre instance. Comme la Chambre des représentants et le Sénat ont une majorité d’élus républicains jusqu’au 3 novembre, le président Trump a eu jusqu’à maintenant les coudées libres pour faire adopter des lois infâmes, comme par exemple celle qui donne de nouveaux pouvoirs et moyens à l’ICE (Immigration and Customs Enforcement – Police de l’immigration et des douanes) pour faire la chasse aux migrants en situation précaire ou irrégulière.
Les élections du midterms, ou élections de mi-mandat, ont donc un enjeu crucial. Elles détermineront quel parti, républicain ou démocrate, aura ou non une majorité au Congrès. Il faut se souvenir que Barack Obama n’a bénéficié d’une majorité démocrate au Congrès qu’entre 2009 et 2011, si bien qu’il n’a pas pu faire adopter des lois qu’il espérait durant ses deux mandats – de 2009 à 2017–, comme par exemple la refonte complète du système de santé.
Les 435 sièges (de membres votants) de la Chambre des représentants sont répartis de manière proportionnelle à la population de chaque État : il y a par exemple 52 députés pour la Californie et 38 pour le Texas, quand certains États, comme le Vermont, n’en ont qu’un. Tous les sièges sont soumis à élection tous les deux ans. La plupart sont déjà acquis à l’un des deux camps, démocrate ou républicain, puisque l’orientation politique des États américains est traditionnellement bien ancrée. Il n’y a que 30 sièges à la Chambre des représentants dont l’attribution est encore indécise : ces sièges sont au cœur de la bataille électorale du 3 novembre.
Quant au Sénat, ses 100 membres sont répartis à égalité entre tous les États, avec deux sénateurs chacun, qui sont élus pour un mandat de six ans, avec renouvellement par tiers tous les deux ans.
Pour véritablement contrer la politique de Trump, Il faudrait que la Chambre des représentants et le Sénat aient chacun une majorité démocrate.
Comme pour une élection présidentielle, il existe des primaires en amont des midterms, organisées de manières différentes dans chaque État. Ces primaires se sont tenues cette année entre mars et septembre – tant pour la désignation des candidats à la Chambre des représentants qu’au Sénat.
Pourquoi ça va être chaud !
Le parti républicain de Donald Trump contrôle pour l’heure tout le Congrès. À la Chambre des représentants, où la majorité républicaine est étroite, les démocrates pourraient redevenir majoritaires. Au Sénat, en revanche, ce sera plus difficile, les républicains y détiennent déjà 53 des 100 sièges, et les démocrates 47. Pour atteindre le seuil de 51 sièges, les démocrates devront conserver tous leurs sièges actuels remis en jeu et faire basculer 4 sièges républicains.
Pourquoi les sondages indiquent-ils que les démocrates sont en passe d’obtenir la majorité à la Chambre des représentants et au Sénat 😋 ? Parce qu’une importante partie de l’électorat qui a fait élire Trump président est prête aujourd’hui à voter démocrate à cause principalement du prix du carburant qui a plus que doublé depuis le début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran.
Cette situation n’a pas empêché les républicains de tripatouiller, ces derniers mois, un redécoupage de certaines circonscriptions pour que le vote soit favorable à leur parti. Du coup, plusieurs États démocrates ont fait de même. Suite à cela, l’avantage aux républicains semble autour de zéro, résultat à confirmer. L’autre action manipulatoire impulsée par Trump en personne a été de tenter de modifier les règles du vote par correspondance, généralement favorable aux démocrates, car provenant d’électeurs modestes qui bourlinguent dans le pays pour des emplois temporaires. Peine perdue, car en septembre, la Cour suprême – à dominante pourtant trumpiste – a rendu caduque toute modification du vote par correspondance. Cela ne va pas peut-être pas empêcher le clan Trump de sortir du chapeau, même au dernier moment, un autre coup fourré.
Enfin du nouveau chez les démocrates !
Le parti démocrate souffrait d’avoir perdu la confiance des minorités ethniques et celles des gens modestes qui s’abstiennent de plus en plus aux diverses élections. Mais, contre toute attente, il s’est passé quelque chose d’inédit lors des primaires démocrates en vue des midterms : des candidats de l’aile gauche du parti démocrate ont détrôné des candidats traditionnels ! C’est à l’image de l’élection en 2025 du nouveau maire démocrate de New-York, Zohran Mamdani, 34 ans, musulman, pro-palestinien, nullement antisémite, socialiste, favorable au gel des loyers, etc.
Dans le Michigan, le jeune musulman Abdul El-Sayed a obtenu l’investiture démocrate pour le Sénat alors qu’il critique sèchement la politique de Netanyahou et milite contre le marché des armes à feu, etc. Également dans le Michigan, William Lawrence a remporté la primaire démocrate pour la Chambre des représentants, écologiste de terrain, scandalisé par les milliardaires de la Silicon Valley et le génocide en cours à Gaza, etc. Tous deux ont battu aux primaires des candidats démocrates soutenus par l’establishment du parti et bénéficiant de dons importants. Ces nouvelles figures avaient reçu un soutien appuyé de Bernie Sanders, figure de proue des progressistes démocrates.
L’aile gauche du parti démocrate a remporté d’autres vraies victoires aux primaires dans de nombreux États. Remarquons un détail : ces jeunes progressistes démocrates n’ont pas fait campagne à coup de spots publicitaires et de grands meetings aussi spectaculaires qu’onéreux. Non, ils ont appliqué la méthode qui a conduit Mandani à être élu maire de New-York : faire du porte-à-porte en commençant par les quartiers populaires, écouter les gens, les mobiliser contre l’abstention, etc. Si bien que Trump, face au risque que les républicains perdent les midterms, n’arrête pas de fustiger « le péril communiste » qui menace les États-Unis. Et son vice-président J. D. Vance d’affirmer que « sur chaque question, les démocrates ont pris le parti des fraudeurs, des criminels et des groupes d’intérêt d’extrême gauche au détriment des Américains » (Le Monde du 09 sept. 2026).
François Vaillant, ex-rédacteur en chef de la revue Alternatives-Non-Violentes.