Voici un ouvrage stimulant signé Pascal Tozzi, professeur des universités à Bordeaux Montaigne, fondateur de la chaire UNESCO « Intervention Sociale Non-Violente » et membre du Comité de rédaction d’ANV. L’auteur propose ici une synthèse accessible et structurée dans le cadre exigeant de la collection « Que sais-je ? »
L’exercice n’est pas inédit dans le champ de la non-violence. On pense notamment au Dictionnaire de la non-violence de Jean-Marie Muller, qui rassemblait 108 entrées. Mais l’ouvrage de Pascal Tozzi s’en distingue par son format et son intention : ici, chaque notion est traitée de manière concise, en une page environ ; dans un souci de clarté pédagogique et de précision conceptuelle.
L’une des forces du livre réside précisément dans ce choix d’écriture : des définitions rigoureuses, resserrées, appuyées sur des exemples concrets, qui permettent d’en saisir immédiatement les implications. L’ensemble compose une cartographie lisible et cohérente d’un champ encore sujet à confusions et malentendus.
Tous les registres de la non-violence sont ainsi mobilisés : dimensions philosophiques et éthiques, approches stratégiques, figures historiques, événements marquants, expériences de lutte. Cette diversité maîtrisée donne à voir la non-violence comme une culture politique à part entière, riche de ses concepts, de ses pratiques et de ses héritages.
Quelques réserves peuvent néanmoins être formulées. On regrettera l’absence du terme satyagraha, pourtant central dans l’élaboration gandhienne, notamment pour dépasser l’ambiguïté de la notion de « résistance passive ». De même, l’absence de l’entrée « résistance civile », aujourd’hui au cœur de nombreux travaux de recherche, étonne au regard des développements contemporains du champ. Enfin, le choix éditorial d’écrire l’adjectif « non violent.e », sans trait d’union, interroge, tant il rompt avec un usage désormais stabilisé.
Ces remarques n’enlèvent rien à l’intérêt de l’ouvrage. Par sa clarté, sa rigueur et son ambition synthétique, Les 100 mots de la non-violence s’impose comme un outil de référence. Il trouvera naturellement sa place auprès des militants, des étudiants, des chercheurs, mais aussi de toutes les personnes qui souhaitent découvrir, de manière exigeante, la pensée et les pratiques de la non-violence.
Alain Refalo, rédacteur en chef de la revue Alternatives Non-Violentes