La France a très chaud. Les thermomètres s'affolent, les ventilateurs tournent à plein régime, les climatiseurs ronronnent. La France a si chaud que même les conversations fondent. On ne dit plus bonjour, on dit : « Tu as vu la température ? » C’est devenu notre nouvelle fraternité nationale : comparer les degrés comme autrefois on comparait les bulletins scolaires. [Lire la suite]

Il faut reconnaître que la canicule a un mérite : elle rétablit une certaine égalité. Que l'on soit ministre, professeur, livreur, retraité ou vacancier, tout le monde transpire. Même si certains disposent de maisons bien isolées et d'autres seulement d'un coin d'ombre.

Face à la canicule, nous avons redécouvert des gestes simples : fermer les volets, boire de l’eau, éviter les efforts, chercher l’ombre. Bref, apprendre enfin la sobriété, mais seulement entre 14h et 18h. Sitôt la température redescendue, nous pourrons reprendre tranquillement nos habitudes et attendre la prochaine alerte rouge.

Le problème, c’est que nous traitons encore trop souvent cet épisode de chaleur comme un accident de parcours, une mauvaise humeur du ciel. La canicule n'est pas seulement une affaire de météo. Elle agit comme un révélateur. Elle met en lumière la vulnérabilité des plus fragiles, les inégalités face aux conditions de vie, les limites de villes pensées pour l'automobile plus que pour les arbres, et, plus largement, les conséquences d'un modèle de développement qui s'est longtemps cru affranchi des lois de la nature.

Ce n’est pas le soleil qui est violent. C’est notre manière de vivre comme si la Terre était climatisable à volonté, extensible à l’infini, disponible sans conditions. La violence commence lorsque nous croyons pouvoir tout maîtriser, tout accélérer, tout consommer, jusqu'à dérégler les équilibres dont nous dépendons.

La non-violence nous invite à apprendre à ne plus vivre contre le monde, mais avec lui. Elle nous appelle à la sobriété plutôt qu'à la démesure, à la coopération plutôt qu'à la compétition, au soin plutôt qu'à la prédation. Elle rappelle que l'on ne fait pas la paix seulement avec les autres, mais aussi avec la Terre qui nous accueille.

En période de canicule, on recommande de prendre soin des personnes vulnérables. Et si nous élargissions un peu la consigne ? Prendre soin des anciens, des enfants, des travailleurs exposés, bien sûr. Mais aussi des arbres, des sols, de l’eau, des villes, du climat, bref de tout ce qui rend encore la vie possible.

La chaleur nous donne une leçon simple : on ne négocie pas avec les limites du vivant. On les reconnaît, ou elles finissent par s’imposer à nous.

Alors oui, gardons notre sang-froid. Pas seulement en buvant plus frais. En refroidissant aussi nos imaginaires de toute-puissance. C’est sans doute la climatisation la plus urgente. Et le climat nous en saura peut-être gré !

Alain Refalo, rédacteur en chef de la revue Alternatives Non-Violentes